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Édito #15 : Gojira ou Godzilla ?

Par Alfro
12 mai 2014

Mercredi, l'Apocalypse faite reptile est de retour sur les grands écrans. Dans la catégorie des grands monstres du cinéma, littéralement puisqu'on ne parle pas encore de Marlon Brando ici, deux s'affrontent joyeusement pour la place au sommet de l'imaginaire collectif. Chacun a ses scènes mythiques, ses nombreux films et toute une pop culture qui s'est chargée de leur donner une existence plus imposante à travers un tas d'œuvres dérivées et d'hommages de toutes sortes. Le premier, King Kong, est purement américain (avec cette scène mémorable au sommet de l'Empire State Building) tandis que l'autre, Godzilla, est un produit du Japon et de ses angoisses.

Pourquoi alors, les Américains ont ressenti une telle nécessité de lui donner leur version, par deux fois ? Avant de les taxer d'usurpateur de bonnes idées, il faut tout de même rappeler que King Kong avait déjà fait le chemin dans le sens inverse pour aller se castagner avec le lézard, dès 1962. Sauf qu'ici, on invite pas Godzilla à venir squatter le film d'un autre, mais on lui consacre par deux fois un remake à la sauce blockbuster hollywoodien. Faut dire que l'intérêt pour Godzilla ne date pas d'hier et les films de la Toho ont toujours eu beaucoup de succès au pays de l'Oncle Sam. Reste la question : pourquoi ?

Godzilla est un pur produit des peurs japonaises. Celle de la bombe atomique, qu'ils ont pris sur le coin du visage même pas dix ans avant le premier film, cristallisant ce traumatisme pour la première fois au cinéma . Celle aussi des éléments naturels, eux qui connaissent bien les catastrophes provoquées par notre Mère la Terre, entre tsunamis, tremblements de terre et conscience que leur pays s'enfonce irrémédiablement dans une faille tectonique. Godzilla est l'incarnation de ces forces inéluctables, que l'humain ne peut pas gérer et qui ne sont pas mues par une volonté propre mais par ce que l'on pourrait appeler un "ordre des choses". Quand Gojira (la véritable transcription du nom japonais) devient Godzilla, qu'est-ce qui change ?

L'analyse du film de Roland Emmerich risque de nous révéler assez peu de pistes, celui-ci ne semblant au final motivé que par l'impérieuse nécessité de voir un monstre géant mettre à sac New York (nonobstant le fait qu'un monstre né dans le Pacifique, par la faute de ces salauds de Français d'ailleurs, aille démolir une ville se situant sur la côte Atlantique n'est pas forcément des plus logiques). Dans un déluge d'effets spéciaux et de maquettes brisées, Jean Reno, ses blagues et ses potes s'embarquent dans un film où la créature en elle-même ne semble pas avoir été comprise et où chercher une seconde lecture risquerait de faire perdre beaucoup de temps pour rien. Ce film a d'ailleurs déclenché un tollé auprès des fans. Les fans américains, les Japonais ayant sans doute admis que ce film était une trahison dès le départ.

Il faut donc un nouveau remake pour remettre les choses dans le bon sens. Et là, stupéfaction, la promo intensifie l'appartenance du monstre à la culture japonaise, se permet des plans qui rappellent les films des années 50 et n'oublie pas de faire un rappel des thématiques du monstre, le nucléaire et la nature qui se rebiffe. C'est que depuis le temps, les États-Unis ne sont plus que ceux qui lancent les bombes atomiques, la Baie des Cochons leur ayant montré que face à cette menace, personne n'était vraiment à l'abri. Le discours écologiste prend aussi de plus en plus de place dans un pays qui se demande si le fait qu'ils essuient de plus en plus d'ouragans ne serait quand même pas un peu de leur faute.

À travers les époques et les cultures, des peurs et des convictions identiques peuvent se retrouver et ainsi des personnages symboliques peuvent trouver une résonance bien loin de leur terre de naissance. Mais pour répondre à la question Gojira ou Godzilla, ceci pourrait achever de trancher :


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