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Édito #55 : Rick and Morty ou la science par l'absurde

Par Manu
27 juillet 2015

Hier soir, Adult Swim lançait la très attendue seconde saison de Rick and Morty, délire animé créé par Justin Roiland (Adventure Time) et Dan Harmon, le créateur de Community. Un retour sur les chapeaux de roues à base de fracture de la réalité sur fond d’incertitude quantique, qui nous a fait nous poser la question suivante : et si l’absurde n’était pas le meilleur moyen d’arrêter de prendre les gens pour des idiots ?

Il y a peu, je me plaignais dans un édito de la conception des voyages dans le temps et des paradoxes temporels que l’on trouvait dans le final de The Flash. Une plainte à laquelle j’ai pu obtenir quelques réponses constructives comme « Tu n’as jamais voyagé dans le temps, tu ne peux pas critiquer », ou encore « Tu te prends trop la tête, ce sont des séries de networks pour ado. Elles sont supposées être divertissantes et cool ». Et alors ?! Ne peut-on pas être divertissant sans être idiot ?

En s’éloignant de toute considération de chaîne (on mentionnait ici une série de la CW, le constat est bien plus large), je ne peux m’empêcher de remarquer que la culture populaire a tendance à abaisser son niveau de finesse pour tenter d’atteindre une masse plus importante. Un nivellement par le bas qui touche de plus en plus de domaines et de médias. Là où ce qu’on appelait autrefois culture populaire venait utiliser la référence, le clin d’œil ou même la connaissance même pour récompenser ou élever celui qui la consommait (nous sommes en 2015, acceptons cette idée de consommation de la culture), lui faire découvrir de nouvelles choses, elle se contente aujourd’hui de se baser sur des schémas d’histoires répétitifs pour conforter et ne surtout pas prendre la tête des spectateurs/lecteurs/auditeurs/… qui risqueraient de changer de chaîne (vous aurez compris que je me base surtout sur l’idée de la télévision), faisant perdre de l’argent aux producteurs et aux annonceurs.

Mais ce triste constat amène inévitablement à un autre : là où le consommateur de produit lambda aime se conforter devant ses schémas classiques qui ne lui prendront pas la tête, il a beaucoup moins tendance à remettre en question des programmes qui, de base, possèdent une certaine dose d’absurdité. Et c’est là que la culture populaire, comme on la connaissait à l’époque, se déplace vers des programmes plus atypiques. Les Simpson, Futurama, Family GuySouth Park, American Dad et on en passe, nombreux sont les dessins animés qui, sous couvert d’univers libres, se permettent d’explorer des concepts aussi tordus que réalistes. Aliens, voyages dans le temps, réalité alternative, etc. Même les références à la culture populaire via la parodie ou le pastiche deviennent monnaie courante.

Et c’est ce genre d’univers que semble avoir compris Dan Harmon, et qu’il maîtrise désormais comme peu de monde à la télévision. Il y a quelques années, Community s’imposait rapidement comme un modèle de série méta et conceptuelle, jouant justement sur ce côté atypique personnifié par Abed, permettant d’explorer des réalités parallèles (la fameuse Darkest Timeline créée suite à un malencontreux jeté de dés), l’explosion du quatrième mûr, ou le décorticage méthodique des codes de la culture populaire. Harmon montrait alors qu’il savait de quoi il parlait, et montrait qu’il connaissait et respectait son spectateur.

L’an dernier, accompagné de Justin Roiland (doubleur sur Adventure Time et doubleur principal de Rick and Morty), il lançait donc Rick and Morty sur Adult Swim. Sous forme de parodie de Doc et Marty, de Retour vers le Futur, la série explore la relation d’un grand-père et de son petit-fils à travers des aventures barrées dans le temps, l’espace et les dimensions. Et sous couvert d’un absurde affirmé, la série joue de façon très réelle avec une science de plus en plus admise par la communauté, sans jamais prendre la route de la facilité injustifiée. La série lance régulièrement trois ou quatre gros concepts par épisode, qui sont autant de pistes et de pitchs pour des spin-offs ou des séries en soit. Elle se repose à la fois sur les épaules des grands maîtres de la science-fiction et sur celle de ses créateurs, maîtres d’un imaginaire infini mais non dépourvu de logique.

Dimensions parallèles, doubles (maléfiques ou non), chat de Schrödinger, paradoxes temporels, armées robotiques, formes de vies improbables et tout ce qui peut sortir d’un multivers aux possibilités infinies sont finement (ou non) explorés dans la série. Un show qui vous divertit sans vous prendre pour des idiots, et pourrait même vous ouvrir à quelques concepts auxquels vous n’auriez jamais pensé.

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