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“I'm back” : Hideo Kojima présente Death Stranding à l'E3 2016

Par Sullivan
14 juin 2016

Fidèle à sa réputation de demi-dieu de l'industrie des jeux-vidéo, en témoigne son arrivée princière à la conférence Sony lors de l'E3 cette nuit, Hideo Kojima aborde 2016 et l'après-Konami avec d'étonnants temps de passage. En effet, alors que son immense communauté de fans joue sans le savoir avec l'univers de Death Stranding depuis 2014, le premier projet de Kojima Productions a enfin un visage, un nom et une plateforme exclusive.  

 
Ce visage, c'est celui de Norman Reedus, acteur connu pour son rôle de Daryl dans Walking Dead et fidèle ami de Kojima depuis l'élaboration de P.T, prototype d'une suite de Silent Hills produite par Guillermo Del Toro, qui ne verra jamais le jour en raison du divorce avec l'ex-maison mère du game designer nippon. Fortement soupçonné d'être ce personnage au sein de l'armure de Ludens, mascotte officielle du studio, l'acteur a même joué le jeu de la promo' virale avec un délicieux tacle à Konami après le reveal en grandes pompes d'un projet qui ne va pas manquer de faire parler.   
 

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Une photo publiée par norman reedus (@bigbaldhead) le

It's not over. Not Yet.  

Si le fabuleux trailer diffusé cette nuit lors de la grand messe du constructeur japonais a répondu à quelques questions, comme l'implication de Norman Reedus et le nom de Death Stranding, plutôt que Ludens sacralisé dans son rôle de mascotte (qui sera évidemment étroitement lié au jeu final, ce serait mal connaître Kojima de penser que ce sont là deux choses à dissocier), il n'a pas non plus manqué d'alimenter les théories des fans de Metal Gear Solid, qui travaillent d'arrache-pied depuis une semaine pour guetter tous les détails qui pourraient trahir la nature de l'univers de Death Stranding. Plus étrange encore : l'utilisation du magnifique “I'll Keep Coming” de Low Roar, groupe islandais adoubé par Kojima lui-même en 2014 au cours d'un tweet qui prend aujourd'hui une résonance plus grande que celle du seul poster de Ludens.
 

L'équation est simple : Kojima aurait-il une fois de plus délivré un élément primordial au travers de sa bande originale, ou avait-il simplement caché un au revoir particulièrement méta lors de la véritable conclusion de Metal Gear Solid (chapitre 51 : Kingdom of Flies) ? Je m'explique, puisque figurez-vous que ça fait une semaine que la rédaction résonne au rythme du morceau de Low Roar, qu'il est agréable de retrouver dans le trailer de Death Stranding comme un signe. Si l'on revient à la semaine dernière et que l'on accepte les montages des plus belles théories reptiliennes, on peut déjà s'apercevoir de manière certaine que Kojima nous parlait de Death Stranding en 2014, comme à son habitude, lui qui a clamé avoir en tête une licence pour "l'après-Metal Gear" il y a quelques quelques années maintenant :  

Par un savant cocktail de 11 Septembre, du mystérieux personnage de Zéro (qui résonne avec le nom de l'album de Low Roar, où se trouve le morceau "I'll keep coming", album qui a inspiré la pochette de Metal Gear Solid V) mais surtout de la dernière image du dernier chapitre inachevé de The Phantom Pain, on obtient un crypto-teasing digne des plus grandes heures de Kojima, qui pourrait aussi bien avoir été un petit jeu du japonais en guise d'au revoir entre ses deux projets majeurs, là où les plus imaginatifs y voient la confirmation d'une suite canonique de Metal Gear Solid, éventuellement située des dizaines / centaines d'années plus tard.

Celle-ci, évidemment impossible à envisager pour des questions de droit et de propriétés intellectuelles pourrait cependant revêtir un aspect plus officieux, dans lequel le miroir du légendaire Big Boss (Zéro donc, présumé mort à la fin de Metal Gear Solid 4 à l'instar de bon nombre de ses pairs) irait payer les errements d'un siècle de géopolitique désastreuse et se heurter à ses propres erreurs face à une nature apparemment capricieuse. Je n'y crois évidemment que très peu, mais dans la mesure où Kojima est l'un des game-designers le plus désireux de glisser un sous-texte fort dans chaque jeu et dans sa saga globale, il ne serait pas étonnant que Death Stranding soit la suite logique des réflexions proposées par l'auteur depuis quelques décennies, lui qui peut enfin laisser la famille de serpents de côté. 
L'autre aspect majeur de cette bande-annonce, c'est la confirmation d'une ambiance à mi-chemin entre la S-F la plus cyberpunk possible et une direction artistique proche des codes de l'horreur la plus pure, hérités du mort-né Silent Hills. On notera évidemment la tonne de symboles proposés par un Kojima plus désireux que jamais de faire fonctionner nos cervelets, dans ce qui paraît instantanément être un jeu de son cru, fonctionnant sous un ersatz de Fox Engine pas forcément encore très au point mais capable de transposer Norman Reedus de manière convaincante. 

Seul sur le sable, la mort dans l'eau. 

Déjà obnubilé par la question du langage qui était au centre de The Phantom Pain, Kojima plonge une fois de plus le joueur dans la peau d'un linguiste en herbes, entre la belle déclaration de William Blake en ouverture du trailer, le jeu constant sur les paumes de mains et le sable grisâtre, le tout avec un titre qui, traduit, nous donne littéralement l'ensevelissement de la mort ou la mort ensevelie, une traduction déjà plus proche de deux éléments de scénario que l'on imagine cadres de l'histoire : (l'horreur de) l'immortalité humaine et la rébellion d'une nature bafouée, laissée pour morte.
 
Ajoutez à ça un contexte qui pose de vraies bases avec ce nombril cicatrisé, les menottes détachées et la disparition du nouveau-né dans ce qui semble être un ailleurs capable d'interagir avec le monde plus concret où se trouvent des milliers de crustacés et de mammifères, notre héros nu comme un vers et... ce qui semblent être cinq gardiens particulièrement doués pour l'acro-gym et l'imitation de Psycho Mantis. Difficile d'y déceler plus qu'une ambiance volontairement pesante et la volonté d'en garder sous le pied avec un univers qui offre enfin à l'E3 son lot d'originalité artistique, même s'il semble naturel que Death Stranding joue particulièrement sur les concepts de réalités sur fond d'écologie ultra-violente qui nous rappelle les plus belles heures de groupes engagés et extrêmes comme Cattle Decapitation et consorts. Une nouvelle lubie pour un auteur qui ne cessera jamais de raconter, et qui plus que jamais, semble pressé. Point trop n'en faux : aucune date de sortie n'a encore été annoncée, et il faudra sûrement se donner rendez-vous l'année prochaine pour commencer à en savoir plus. D'ici là, surveillez bien les tweets de Kojima. 
 
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