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Critique - Binti T.01 (Nnedi Okorafor) : De l'afro-futurisme comme s'il en pleuvait

Par Lildrille - Chloé
3 min 24 janvier 2022
Critique - Binti T.01 (Nnedi Okorafor) : De l'afro-futurisme comme s'il en pleuvait
On a aimé
- Une atmosphère unique.
- Des décors magiques.
- Une histoire aussi complexe qu'originale.
- Une héroïne qui doute et qui se questionne.
- Des mathématiques et de la magie qui s'entremêlent.
On n'a pas aimé
- Pas de véritable fin.

Une couverture flamboyante qui nous promet un beau voyage et une atmosphère singulière : vous n'allez pas être déçus !

Le résumé

Maîtresse harmonisatrice du peuple Himba, Binti est vouée à reprendre la boutique d’astrolabes de son père…
Mais l’incroyable don pour les mathématiques de l’adolescente lui ouvre les portes de la prestigieuse université interplanétaire Oomza.
Binti embarque sur le Troisième Poisson à l’insu de sa famille. Mais au cours du trajet, les Méduses, ennemies millénaires des humains, abordent le vaisseau pour en massacrer les passagers. Commence alors pour Binti un combat pour sa survie et celle de ceux qui lui sont chers.

Notre avis

Binti est un ouvrage divisé en trois parties. À l’origine, chacune constituait un roman court, que les éditions Actusf ont décidé de réunir : une idée géniale ! Les parties se suivent, font écho aux précédentes et apportent de plus en plus de profondeur au personnage de Binti.

Une ambiance indescriptible

L’univers créé par l’auteure regorge d'une atmosphère unique, rarement voire jamais vue au sein des récits de fantaisie dont on a l’habitude. Nnedi Okorafor nous enchante par toutes les références qu’elle extraie de sa culture africaine. Binti dépeint un monde afrofuturiste original et perturbant, où la technologie, les espèces extraterrestres, et les voyages dans l’espace, s’avèrent aussi normaux que la vie reculée dans le désert, le racisme ambiant entre les différents peuples, et les cultures ancestrales traditionalistes d’antan.

Nnedi Okorafor parvient à créer une atmosphère cohérente et crédible, en mélangeant un futur technologique avancé et un autre avenir où les peuples restent attachés à leurs croyances terre à terre et peu ouvertes aux autres. Deux pensées s’affrontent dans Binti, deux visions d’une humanité disparate, qui rappelle fortement la nôtre. Une humanité divisée entre ceux qui ont la richesse et le pouvoir, et ceux qui en ont moins, qui subissent.

À la recherche de notre identité vraie

Binti parle avant tout d’acceptation de soi, de quête d’identité, et du fait que l’on peut être plusieurs personnes à la fois dans un même corps, sans que cela entre en contradiction avec ce que l’on est réellement à l’intérieur. Bien au contraire. Binti fait écho aux problèmes actuels, à la différence, au regard des autres, au racisme, et à la mondialisation qui fait que l’on se perd parfois, quand on découvre de nouvelles cultures et modes de vie qui diffèrent de nos habitudes. Qui veut-on être ? Qui peut-on être ? Qui doit-on être ? Le personnage de Binti s’interroge tout du long de l’histoire. Binti nous conte une quête initiatique et une crise adolescente troublantes, aux messages poignants qui nous amènent à réfléchir sur notre propre vie.

Binti rappelle qu’il n’est pas si facile de s’émanciper, de quitter sa famille, de rejeter ses enseignements pour se créer une nouvelle vie. On se souvient toujours de son passé, consciemment ou non, de nos aprioris et des croyances accumulées durant notre enfance. Evoluer nécessite une ouverture d’esprit et une remise en question de tout ce qui nous a façonné, et a été dicté. Un processus souvent douloureux mais libérateur.

 

Dans les pensées d'une jeune fille pas comme les autres

La narration à la première personne permet aux lecteurs de s’imprégner des pensées de Binti et de s’attacher à elle. La jeune fille, plutôt perdue, doit affronter les critiques de sa famille, la haine de ses camarades, et son propre jugement. Tout au long du récit, elle se découvre de grands pouvoirs, un amour incommensurable pour sa patrie et le désert où elle a grandi, ainsi qu’une force incroyable et une envie de survivre plus forte que le reste.

Combats épiques, récits traditionnalistes obscurantistes, cours de mathématiques dans une école intergalactique, pèlerinage en plein désert, technologie extraterrestre, mode de vie ancestral,… Le roman ouvre de multiples possibilités et, en même temps, nous ramène à des considérations reliées à des esprits étroits. Le récit imite la complexité de notre monde, nous offrant ainsi un livre réaliste et envoûtant.

 

Une première partie pour la découverte

La première partie nous raconte comment Binti a survécu à une terrible attaque dans l’espace, et nous laisse tranquillement découvrir l’univers imaginaire de Nnedi Okorafor. Les mathématiques, au centre du récit, s’avèrent liés à la force de l’univers, que l’on pourrait presque considérer comme de la magie. Grâce à ses capacités intellectuelles étonnantes, le calcul mental n’a plus de secret pour Binti. La jeune fille enchaîne les fractales, les équations, à la fois pour s’apaiser mais aussi pour toucher le flux magique qui se cache au fond d’elle.

Cette particularité n’est pas évidente à appréhender pour les lecteurs, notamment pour ceux peu habitués à des univers aussi alambiqués et curieux. Etant donné toutes les particularités de son monde, Binti constitue un récit inattendu. Cette première partie est déroutante, et introduit un personnage riche tout comme une atmosphère unique. Binti parvient à éviter une guerre et se fait un nouvel ami aux tentacules bien mystérieux ! 

Une seconde partie pour l'étude

La seconde partie nous décrit quelques passages intéressants de la nouvelle vie de Binti dans la prestigieuse université interplanétaire Oomza. A cause de ce nouvel ami étrange, Binti se voit haïe par ses camarades. La jeune fille ne se sent plus à sa place. Le désert lui manque. Le lecteur suit avec plaisir les cours de Binti et découvre avec elle tout ce qui constitue Oomza. Nnedi Okorafor parvient à dépeindre de multiples ambiances visuelles différentes et nous enchante par ses descriptions très personnelles.

Une troisième partie pour s'accepter

La dernière partie narre le retour de Binti dans sa famille, qui a du mal à accepter qu’elle soit allée dans l’espace, alors que son peuple se l’interdit. Binti se rend compte qu’elle a abandonné les siens ainsi qu’une vie qui ne lui plaisait pas. Pourtant, elle ne sait plus très bien où elle en est : doit-elle vivre sa propre vie, quitte à être mal-aimée des siens ? Peut-elle ignorer les traditions de son peuple ? Pourquoi voudrait-elle d’une vie différente alors que sa famille semble heureuse avec ce qu’elle possède ? Binti ne sait plus très bien qui elle est, ni où se dirige son chemin. Pourquoi ne peut-elle pas trouver le bonheur auprès de son peuple ? Pourquoi désire-t-elle toujours parcourir le monde et l’espace ? La jeune fille décide de renouer avec ses ancêtres grâce à un pèlerinage dans le désert. Ce qu’elle apprendra la troublera bien plus encore que ses multiples interrogations.

Une fin abrupte

La fin n’en constitue pas véritablement une : les dernières phrases ne sont ni une chute ni une clôture de l’histoire. Le lecteur se voit frustré : Binti n’a pas obtenu ses réponses et se cherche encore. Y aura-t-il une suite ? Il est à espérer que oui, étant donné la fin abrupte du roman.

Binti est un savoureux mélange de récits africains et d’aventures futuristes. Le rythme lent de l’écriture nous permet de nous plonger dans cette atmosphère atypique et d’en apprécier toutes les facettes.

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