Critiques

Critique - Dévolution (Max Brooks) : Un survival horror qui décoiffe!

Par Richard Lecastor
6 2 octobre 2022
Critique - Dévolution (Max Brooks) : Un survival horror qui décoiffe!
On a aimé
- La satire sociale.
- Le côté survival-horror.
- La brutalité du récit.
- L'évolution des personnages.
On n'a pas aimé
Max Brooks est un écrivain américain à qui l'on doit le célèbre Guide de survie en territoire zombie ainsi que l'excellent World War Z adapté au cinéma en 2013. Après nous avoir régalés avec des romans d'apocalypse zombie, il revient cette fois avec Dévolution publié en 2020 aux USA, dès 2021 en France chez Calmann-Lévy puis chez Le Livre de poche en avril 2022.
 

Le résumé

Dévolution, c'est l'histoire d'une communauté de riches bobos californiens qui souhaitent vivre près de la nature sans renoncer au confort moderne. Leur village, Greenloop, est une véritable prouesse technologique : autosuffisant en énergie et relié au monde moderne via le WIFI. Lorsque, suite à l'éruption du mont Rainer, la communauté se retrouve réellement coupée du monde, alors les ennuis commencent : d'horribles cris se font attendre dans la forêt. Mais que se passe-t-il ?
Au fur et à mesure que le temps passe, la communauté se sent observée et menacée par la faune locale. Jusqu'au jour où débarque une meute de bigfoots qui s'attaque aux habitants. Il ne reste alors que deux possibilités, fuir à travers les bois pour rejoindre la ville la plus proche ou organiser des défenses face à ces visiteurs impromptus. Après qu'une première tentative de fuite se soit soldée par une fin sanglante, il ne reste plus qu'une chose à faire : combattre pour survivre.
 

Notre avis

Dans l'introduction du roman, nous apprenons que les bigfoots ont complètement détruit Greenloop et que parmi les décombres et les cadavres seul un journal nous permet d'entrevoir quel malheur s'est abattu sur le village. Le roman correspond au journal intime de Kate Holland, entrecoupé d'interviews ou d'ajouts réalisés par un journaliste permettant de comprendre l'histoire. Kate Holland a disparu depuis plus d'un an quand le journaliste a décidé de publier son journal : nous ne savons pas si elle est encore en vie, si d'autres personnes ont survécu ni où sont-ils.
 
Satire d'une utopie asociale :
Dans la première partie du roman, l'auteur met en place les bases de son récit. On y découvre alors différents personnages caricaturaux et leur mode de vie. Les habitants de Greenloop on choisit de s'isoler au milieu des bois pour fuir les affres de la vie citadine sans refuser au confort moderne. Leurs maisons sont des bijoux de technologies, ultra-connectées et autosuffisantes en énergie. Nous retrouvons Kate et son mari Dan, parmi les personnages principaux, ainsi que leurs voisins Tony Durant le fondateur de Greenloop ou les membres des familles Reinhardt ou Perkins-Forster. Enfin, Mostar une femme quelque peu énigmatique dont l'origine reste floue et qui s'avère être la mieux préparée face au cataclysme qui s'annonce.
 
Extrait d'un entretien avec le frère de Kate Holland : "Vous êtes sérieux ? Pourquoi l’un d’entre eux aurait-il possédé une arme ? ... Cet endroit est fait pour les amoureux des chiens. Le problème, c’est qu’ils effraient la faune locale, ce qui, une fois de plus, est l’une des raisons pour lesquelles nous avons tous emménagé là-bas. Ceci nous ramène à la philosophie première de Greenloop : le problème, c’est les gens. La nature est votre amie."
 
D'une nature domestiquée à une nature purement agressive :
La seconde partie du roman est un véritable survival-horror au rythme haletant. Le village de Greenloop qui était habituellement ravitaillé par drone se retrouve complétement isolé puisque les routes et internet sont coupés. Bien que la vie s'organise pour survivre en attendant les secours, la nourriture risque de manquer. L'auteur joue avec nos nerfs en maintenant une tension constante en piégeant puis en tuant un à un les différents personnages. Le récit de Kate est entrecoupé de différents témoignages sur le Sasquatch : un monstre terrifiant qui passe de légende urbaine à véritable cauchemar pour la communauté. L'horreur prend alors tout son sens, ce n'est pas seulement un monstre primitif qui les attaque, mais une meute organisée qui souhaite dévorer les habitants.
L'auteur fait évoluer ses personnages, au départ peu enclin aux sacrifices face au danger ils n'auront de choix que d'évoluer (dévoluer) pour survivre. Les personnages qui étaient si caricaturaux en début de roman évoluent complètement face à l'horreur qui les frappe, et on fini par s'attacher à eux.
 
« Dans L’Origine des espèces, Darwin affirme que celui qui survit n’est ni le plus intelligent, ni le plus fort. Une espèce survit grâce à sa capacité d’adaptation, sa capacité à se fondre dans l’environnement changeant dans lequel elle évolue. »  Leon C. Megginson,
 
J'ai particulièrement apprécié ce roman, j'y ai retrouvé les nombreux ingrédients ayant fait le succès de "World War Z", rythmé, détaillé et parfaitement équilibré. Ce nouveau roman apporte cependant une dimension plus humaine. Alors que les Zombies avaient menacé la survie de l'humanité, Dévolution est un récit plus intimiste, mais n'est-il pas plus moralisateur puisqu'il critique nos modes de vie ultra connectés ?
 
 
 
 
 
 
Critique - Dévolution (Max Brooks) : Un survival horror qui décoiffe!