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Dossier - 5 Dystopies à découvrir pour dépasser 1984 et Hunger Games

Par Louis - CINAK
10 min 4 juin 2021

Dystopie \dis.tɔ.pi\ féminin :

Forme de récit de fiction, se déroulant dans une société imaginaire visant à en dénoncer les défauts. (Académie française)

Société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou une idéologie néfaste, telle que la conçoit un auteur donné. (Larousse)

Deux définitions qui se complètent pour mettre en avant un genre littéraire qui n’a fait que croître depuis des années. Les piliers comme 1984 de George Orwell ou encore Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley ont posé les bases d’un genre qui souligne les dangers des sociétés modernes (télé-surveillance, eugénisme, racisme, abus étatiques…) pour mieux lutter contre ces derniers.

Syfantasy vous propose aujourd’hui 5 dystopies à découvrir dans des œuvres littéraires moins célèbres que les pères fondateurs du genre (ou alors oubliée parce que femme dans le cas de Karin Boye) qui vous changeront d’Hunger Games ou encore de Labyrinthe !

 

Crédit illustration : Obey

Dossier - 5 Dystopies à découvrir pour dépasser 1984 et Hunger Games
1 - Kallocaïne de Karin Boye
2 - Dernières fleurs avant la fin du monde de Nicolas Cartelet
3 - Métro de Dmitri Glukhovsky
4 - La parabole du semeur d’Octavia Butler
5 - Les utopies ambiguës d’Ursula Le Guin
1. | Kallocaïne de Karin Boye

 

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Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell ont trop souvent occulté les écrits extrêmement riches de la première moitié du 20ème siècle, notamment un roman : Kallocaïne de Karin Boye. Considéré comme un des « Essentiels » dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire, ce roman n’a pas vieilli (contrairement à 1984) et reste terriblement d’actualités. En effet, les télé-écrans de Big Brother existent déjà (il suffit de lever les yeux vers votre webcam, si, si juste là, au-dessus de l’écran sur lequel vous lisez ce merveilleux article), mais pas encore le sérum de vérité inventé par le chimiste Léo Kall, la kallocaïne.

Léo Kall n’est pas libre. Il vit dans une société totalitaire où les hommes et les femmes sont des camarades-soldats, dont on se sert pour mener à bien des grandes œuvres servant l’Etat ou encore pour conduire des expériences sur des cobayes humains, afin de percer les dernières barrières entre le citoyen et le gouvernement. Karin Boye n’imagine pas encore les télé-écrans (1984 sera rédigé 9 ans plus tard) mais est dans la droite ligne de l’URSS de l’époque, avec une confiance inexistante entre citoyens. La délation est considérée comme un acte civique dans cette société où tous font partie d’un seul et même organisme vivant (l’Etat-Monde) dont il faut préserver les cellules les plus saines (les camarades-soldats).

La particularité du roman de Karin Boye ne réside pas tant dans sa vision d’un Etat totalitaire (embrigadement, contrôle des naissances, surveillance) mais dans son approche psychologique de la répression de penser. Dans une société où on nie l’individu, sa seule échappatoire se passe par la pensée ou par le rêve. C’est ce doute permanent qui vient gangréner la relation entre Léo Kall et sa femme, le poussant à tester son sérum sur elle et découvrir non pas qu’elle le trompe mais sa personnalité à nu, fragile et sensible, très loin de l’idéologie du camarade-soldat. C’est ce genre de scènes que l’on attend d’un roman de science-fiction d’anticipation : de l’humain pur. Et celle qui vous marquera le plus dans ce roman c’est le rituel étrange que certains citoyens pratiqueront devant Léo : dans un appartement discret, des gens se réunissent, l’un fait semblant de dormir tandis qu’un autre se saisit d’un couteau… et ne fait rien. Dans la plus pure confiance entre êtres humains, ces citoyens se rebellent contre un Etat qui veut voir mourir leur nature profonde.

Le texte de Karin Boye est beau, efficace et surtout à lire !

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