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Critique - Ayesha (Ange) : la réédition d'un classique qui n'a pas vieilli

Par Louis - CINAK
3 min 13 septembre 2021
Critique - Ayesha (Ange) : la réédition d'un classique qui n'a pas vieilli
On a aimé
- Un univers foisonnant
- Des personnages marqués
- L'action très bien écrite
On a pas aimé
- Un univers foisonnant mais sous-exploité

Chacune de mes décisions influera sur la destinée de milliers d’êtres, causant parfois leur mort sans que coule une de mes larmes.

Ange est un duo d’auteurs emblématiques de la fantasy française des années 2000. Et c’est avec Ayesha que la critique les a le plus encensés. Récit sur la religion et de révolution au cœur d’un univers de fantasy orientalisant, Ayesha est une trilogie parfaite pour débuter en fantasy grâce à une plume évocatrice. A l’occasion de la réédition en intégrale des 20 ans des éditions Bragelonne, nous nous sommes replongés dans ce classique.

Marikani est la princesse héritière du fier pays d’Harabec mais une machination l’a conduite à endurer l’exil, lui faisant croiser la route d’Arekh, un galérien au passé trouble qu’elle sauve in extremis de la noyade. La princesse est traquée et doit faire reposer sa survie et donc son trône sur les épaules d’Arekh. La trilogie d’Ayesha est l’occasion pour les deux auteurs de développer un univers foisonnant aux côtés de Marikani et invitent à un voyage au cœur de l’Orient, Orient saupoudré de touches occidentales cependant.

Arekh est un ancien espion/assassin qui n’a eu de cesse de changer de maître et qui a évolué dans de nombreuses sphères politiques. Il est cynique et analyse tout ce qu’il voit, afin d’être le premier servi par la situation. Pourtant, il ressent des émotions complètement contradictoires vis-à-vis de Marikani. Il la trouve splendide et réfléchie, et dans le même temps, il méprise sa beauté qui lui facilite beaucoup les choses... On se doute bien que sa haine va rapidement se transformer en désir, mais les auteurs font émerger doucement cette émotion, ce qui leur permet d’écrire quelles lignes de dialogues bien senties et qui permettent de marquer les personnalités de part et d’autre !

En toile de fond, est évoqué le Peuple turquoise, venu de très loin et qui est esclave des peuples qui les ont accueillis depuis des millénaires (la religion justifiant leur servitude). Et Ayesha serait la déesse qui les libérera. Les auteurs nous préparent à ce que Marikani soit cette fameuse libératrice, en évoquant sa force mais aussi sa bonté envers ce peuple. Héritière de la famille royale d’Harabec, elle possède des dons magiques qui lui viennent de ses ancêtres divins et, ces pouvoirs et la peur qu’ils suscitent lui seront bien utiles dans sa tâche et la reconquête de son trône dans le premier volume de la trilogie. La suite de la trilogie sera centrée sur la révolution qui s’annonce et rentrera dans le vif de complots politiques et d’alliances insolites à nouer.

Devenus esclaves, les membres du Peuple turquoise avaient d’abord été propriété des prêtres et des temples, puis au fil des siècles et de leur reproduction, on avait vendu des familles à de riches particuliers. Le temps avait passé et les esclaves étaient devenus partie intégrante de la société ; dans certaines régions, même les paysans pauvres en avaient un ou deux pour tirer les charrues.

Le style est très imagé et fluide. La scène d’ouverture pleine de suspense et de tensions marque le ton et le talent des auteurs à décrire des scènes d’action prenantes. La fureur des batailles et la rapidité des combats sont parfaitement retranscrites tout au long de la trilogie.  Et ils savent également faire preuve d’une grande mélancolie avec des descriptions douces. Par ailleurs, les pensées des personnages sont facilement entendables à la lecture, car ils usent et abusent de l’image, afin de ne pas nous perdre dans le tourbillon de des esprits sans cesse en mouvement d’Arekh et de Marikani.

On pourrait regretter une chose cependant : l’absence de suite. En effet, le duo d’auteurs évoque très souvent des civilisations anciennes, des ruines, des histoires, voire même des personnages qui ne sont jamais réexploités plus loin dans la trilogie, et sans que cela serve absolument le récit. En tant que lecteur friand de world-building, le cœur balance entre frustration et satisfaction ! D’une part l’univers prend de l’ampleur mais d’autre part, on a l’impression qu’il est sous-exploité ! Dommage !

La trilogie d’Ayesha est une très belle introduction à la fantasy grâce des personnages marqués, sans être archétypaux. Le duo Ange signe un voyage ambitieux en Orient avec des touches d’Occident pour ne pas perdre le lecteur, créant ainsi un savant mélange des cultures pour un résultat qui mérite parfaitement l’appellation de classique ! Ayesha et la saga du Peuple turquoise sont à (re)découvrir !

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