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Critique - La Guerre du Lotus T.1 (Jay Kristoff) : Une saga YA prometteuse aux fibres japonisantes et steampunk !

Par Louis - CINAK
3 min 19 août 2021
Critique - La Guerre du Lotus T.1 (Jay Kristoff) : Une saga YA prometteuse aux fibres japonisantes et steampunk !
On a aimé
- La relation humaine-griffon proche d'Eragon
- L'ambiance steampunk
On n'a pas aimé

Il avait l’arrière-train d’un tigre blanc aux muscles frémissant sous la fourrure blanche entrecoupée de larges rayures d’un noire d’ébène. Il avait les ailes, les pattes avant et la tête d’un aigle. La lumière se reflétait dans ses iris ambrées et dans ses pupilles du noir le plus profond. 

Jay Kristoff est un auteur prolifique. De la dark fantasy à la fantasy asiatique en passant par le space opera, il en est à sa 6ème saga. Sa plume lui a valu un succès fulgurant depuis les années 2010 et Big Bang, le label Young-Adult des éditions Castelmore, réédite la saga qui l’a vu exploser : La Guerre du Lotus. Dans un univers japonisant et pollué par une plante servant de carburant, on y suit le destin de Yukiko, une Impure qui peut dialoguer avec les animaux !

Yukiko est la fille du Renard Noir, un célèbre chasseur de yokais (ces célèbres êtres surnaturels du folklore japonais), et doit servir le jeune shogun de Shima, qui a rêvé récemment qu’il chevauchait un arashitora, un griffon manipulant les éclairs. Charge donc à Yukiko et à son père de lui en ramener un vivant, alors même qu’ils ont tous disparu il y a des décennies. En effet, les yokais ont commencé à s’évanouir dans la nature ou à périr, depuis que la Guilde du Lotus a convaincu les shoguns de cultiver le lotus, source d’énergie mais ô combien polluante ! Les sols deviennent stériles à force d’en faire pousser et la fumée qui se dégage de sa combustion rend l’air irrespirable dans les mégalopoles des quatres clans de l’archipel. Les fameux « guildiens » sont engoncés dans des armures qui les protègent de la fumée et de la maladie du poumon noir, et sont les véritables maîtres de l’île ! En effet, sans leurs avancées technologiques, le shogun ne pourrait pas soutenir la guerre qu’il mène au loin contre les gaijins (les barbares) ! Plusieurs factions se tirent donc la bourre dans ce premier roman, et à ceux-là s’ajoutent les Kagé, les rebelles qui s’en prennent aux raffineries de lotus et qui se cachent dans les dernières forêts du continent.

Tout cela Yukiko le découvre au fur et à mesure de son périple. Elle est bien trop occupée à être une adolescente responsable à force de veiller sur un père alcoolique qui n’a jamais supporté le départ de sa femme et la mort de son fils. C’est une jeune femme en quête de repères dont le cœur balance entre laisser son père dans son addiction et lui venir en aide. Par ce traumatisme, Jay Kristoff nous brosse le portrait d’une héroïne douce et fragile émotionnellement mais à la volonté de fer quand il s’agit d’accomplir sa tâche et protéger les êtres qui lui sont chers. Très rapidement on se prend d’affection pour Yukiko, d’autant plus qu’elle sait parler aux animaux ! Par télépathie, elle peut communiquer des images, des senteurs, voire même des phrases simples aux bêtes. Mais cela, elle doit le cacher car la Guilde du Lotus et ses hordes de fanatiques brûlent ceux qu’ils appellent les Impurs ! Ce qui accroit la tension de nombreuses scènes où Yukiko se doit de cacher sa nature aux autres habitants de l’île, or elle appartient à la cour et est souvent en confrontation avec les personnages les plus importants de la Guilde. Et sa faculté est également un moyen de pression sur elle pour ceux qui viendraient à découvrir son pouvoir…

Et tout va basculer dans la vie de Yukiko et de son père quand le shogun leur ordonne de traquer le griffon-tigre du tonnerre. Pensant devoir commettre seppuku car croyant que la mission est impossible, ils débusquent par chance un arashitora ! Mais le combat isole Yukiko du reste du groupe et elle est forcée de cohabiter avec la bête blessée pour survivre dans la forêt dans laquelle ils ont trouvé refuge. Refuge bien précaire car infestée de yokais noirs, les Onis, sorte d’ogres-démons. Elle s’efforcera de créer un lien avec le griffon, Buru, grâce à son pouvoir. L’auteur va alors nous offrir une relation rafraîchissante entre l’homme et la bête : un dialogue ouvert, humoristique, profond et très complexe qui s’écarte du schéma cavalier-monture. La personnalité du griffon va se complexifier au contact de Yukiko et de la parole. Ils entretiendront de longs échanges et des idées qui vont faire d’eux un duo de choc avec l’intention d’assassiner le tyran qu’est le shogun. Je n’avais pas retrouvé cette interaction entre le cavalier et sa monture depuis Eragon de Christopher Paolini !

L’ambiance japonisante évoque toute une esthétique à laquelle l’auteur associe le steampunk, aboutissant à un cocktail étonnant. Les samouraïs sont maintenant équipés d’armure proche des Space Marines de Warhammer 40 000 et portent des katana-tronçonneuses. Les guildiens portent des combinaisons insectoïdes et concrétisent l’ambiance extrêmement dystopique de l’œuvre, qui évoque ainsi la destruction de la nature et de la magie, au profit de la science et de l’industrie. Le personnage de Kin, un jeune guildien qui se rebelle, permet d’entrevoir toutes les coulisses peu reluisantes de la Guilde du Lotus et apportent la touche de noirceur qu’il faut pour que Yukiko et nous, lecteurs, rejetons en bloc les actes de cette organisation aux allures de secte ! L’auteur peuplera son univers de légendes et de héros disparus mais pour surtout appuyer le fait qu’elles sont presque toutes disparues, à l’image des yokais qui ont fui l’île ou qui ont été abattus par des groupes de chasseurs comme celui du Renard Noir et de sa fille…

Le premier volet de la Guerre du Lotus est une belle découverte Young-Adult qui aborde des questions importantes comme la pollution, la destruction de la Nature au profit de la science mais aussi des thèmes plus personnels comme la maturité et la relation père-fille. Jay Kristoff a su créer un univers cohérent qui nous transporte dans un ailleurs dystopique steampunk et japonisant, et qui est parfois (trop) proche du nôtre !

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