Critiques

La ville au plafond de verre : une tragédie épique et politique

Par Eve - Goupilit
3 min 28 décembre 2023
La ville au plafond de verre : une tragédie épique et politique
On a aimé
- une fantasy adulte française qui tire son épingle du jeu
- un univers original avec un véritable propos sur la lutte des classes
On n'a pas aimé
- une entrée en matière difficile
- des longueurs et une plume très descriptive

Amateurs de beaux objets-livres pour sublimer votre bibliothèque ? Grands lecteurs de fantasy adulte ? Vous devriez vous pencher sur la nouvelle sortie des éditions de l’Homme sans nom : La ville au plafond de verre de Romain Delplancq.

 

Résumé

 

Korost, capitale économique des Trois-Terres, est en pleine ébullition. Et ce n’est pas seulement à cause de ses ateliers où l’on travaille le verre et le métal. Dans un contexte politique tendu, la ville accueille de plus en plus de réfugiés et de blessés de guerre. De quoi raviver le feu qui couve déjà entre les verriers, si nombreux et si pauvres, et les forgiers qui gouvernent la ville…

 

Nous suivons trois personnages, trois destins qui n’étaient pas censés se croiser mais finiront par se rejoindre un jour ou l’autre. Enik, malgré son grand âge, poursuit son travail d’institutrice pour les enfants des verriers. Istven, l’un de ses anciens élèves, entre comme étudiant à l’École des Forges malgré son origine sociale. Et Katlik, fille d’un riche forgier, enquête sur la mort de son frère Attel parti au front…

 

Un univers dense et complexe

 

L’auteur a une plume très riche et descriptive. Il ne nous prend pas par la main pour entrer dans son univers : il faut apprivoiser le vocabulaire et les enjeux politiques au fil de la lecture, d’autant plus que nous avons 3 points de vue principaux. La carte du monde et la carte de la ville de Korost qui illustrent les pages de garde aident un peu à se repérer dans ce vaste univers.

 

Mais une fois que vous aurez saisi les tenants et les aboutissants de l’intrigue… Quel régal ! Je n’ai jamais rien lu de semblable en fantasy. On s’imagine très bien cette immense ville à l’architecture folle, ses différents quartiers, les acteurs qui se partagent le pouvoir.

 

Ce roman rentre apparemment dans le genre du clockpunk, soit une fantasy qui s’inspire de l’époque de la Renaissance. On retrouve à la fois le milieu universitaire avec cette École pour riches intellectuels où l’on débat philosophie, et le milieu des artisans et ouvriers qui font vivre Korost. J’ai trouvé cela ingénieux que les matières premières inventées par l’auteur (l’arnoire aux propriétés merveilleuses, la charbine qui encrasse les ongles des verriers…) se retrouvent au cœur des bouleversements sociaux qui auront lieu dans la ville.

 

Un plafond de verre… au sens figuré

 

Parlons-en, donc, des enjeux politiques et sociaux de Korost. Au vu du titre, je m’imaginais une ville véritablement surmontée d’une cloche de verre ; mais non, l’expression est bien à prendre au sens figuré. Ce plafond de verre, c’est cette barrière entre les riches forgiers et les pauvres verriers.

 

Ce monde, pensé jusque dans les moindre détails, fait finalement écho au nôtre par sa dimension politique. On traite de guerres et de lutte des classes, pour en arriver à cette conclusion : une révolution ne se fait pas en un jour. L’histoire ne se termine pas bien ni mal, elle nous prouve simplement que les “gentils” ne gagnent pas à tous les coups. Une “tragédie épique”, pour reprendre les mots de l’éditeur.

 

Pour en arriver à cette fin percutante, j’admets que les 600 pages qui composent ce livre m’ont paru longues. Les descriptions de lieux et d’événements historiques prennent parfois trop le pas sur les personnages. Malgré tout, j’ai apprécié suivre leur évolution et leurs péripéties quand l’intrigue s’accélérait. Je retiendrai Istven, l’étudiant défavorisé mais qui restera droit dans ses bottes jusqu’au bout, ainsi que la relation qui unit Katlik à Attel, son frère décédé qu’elle réapprend à connaître en enquêtant sur son passé.

 

bannière la ville au plafond de verre

 

Site de l’éditeur

 

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