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Critique - LAZARET 44 (Julien Heylbroeck) : Terminus pour la cité-cadavre de Karkasstad !

Par Morgan - Ephyrose
3 min 12 avril 2022
Critique - LAZARET 44 (Julien Heylbroeck) : Terminus pour la cité-cadavre de Karkasstad !
On a aimé
- Un style riche et dense.
- Une immersion dans une ville unique en son genre !
-Un récit choral maitrisé avec des personnages attachants.
On n'a pas aimé
- Une fin peut être un peu trop abrupte, Karkasstad nous manque déjà !

Lazaret 44 est le dernier petit nouveau des Moutons Electriques par Julien Heylbroeck,  un jeune auteur très prometteur aux ambiances déconcertantes ! 

Au cœur d'une cité s'étant construite dans les entrailles d'une bête stellaire, tombée du ciel depuis fort longtemps, la colère gronde chez la populace ouvrière. Alors qu'ils ne cessent d'effectuer des excavations de plus en plus dangereuses pour récupérer les précieuses ressources du monstre cyclopéen, ils vivent dans des conditions miséreuses et insalubres et ne bénéficient d'aucune représentation au Conseil de la cité.

Malmenés socialement, c'était sans compter sur le Sanglot, une terrible épidémie ravageant les corps et les esprits de ceux qui en subissent le prix : malformations, corps décharnés, fonges purulentes sur tout le corps... Ceux qui en souffrent n'ont alors d'autres choix que d'attendre la douce délivrance de la mort, s'enfuir de la cité pour tenter leur chance sur les terres contaminées de la planète... ou être envoyé dans le centre de détention Lazaret 44.

Cette merveilleuse cité où l'on ne voudrait absolument pas passer ses prochaines vacances, c'est Karkasstad, une ville évoluant dans un lointain futur guidé par une puissante force : l'Alchimie. Permettant d'occire son pire ennemi comme de voyager dans l'espace, elle est en quelque sorte le pont qu'offre l'auteur Julien Heylbroeck pour naviguer entre Fantasy et Science-Fiction.

Œuvre aux visages multiples à la croisée des genres, Lazaret 44 est un concentré de body horror à la Cronenberg flirtant sur fond de lutte sociale, d'enquête et de science-fiction/fantasy. La narration se déroule en alertant avec le point de vue de six personnages, dont les intrigues vont s'entrecroiser, malgré des objectifs très différents. Que ce soit le médecin peste Knaadgier venu sur Karkasstad pour examiner la maladie, la jeune ouvrière Wydooghe en proie à la maltraitance de ses pairs par l'élite dirigeante, ou encore le jeune Cocatrix condamné par le Sanglot à s'exiler de la cité, chacun de ces personnages offrira un visage différent de Karkasstad.

Avec son style exigeant et détaillé, Heylbroeck n'hésite pas à sortir pléthores de mots médicaux des plus "fleuris" pour détailler les horribles déformations du Sanglot ainsi que l'ambiance presque infernale de la cité de Karkasstad. Si cela peut, au premier abord, rebuter, il faut pourtant ne pas laisser le livre nous tomber des mains, bien au contraire. C'est justement par cette ambiance oppressante, moite, poisseuse voire Lovecraftienne qu'on se rend compte de l'aspect unique de Lazaret 44 !

Certes, le récit et ses personnages (bien que très attachants pour certain) ne dénotent que peu de tant d'autres, avec notamment une fin brusquement bouclée. Mais l'atmosphère dépeinte finit ironiquement par nous faire nous y attacher. C'est justement en allant au delà de l'aspect corporel traditionnel, en déformant, mutilant voire en torturant ces êtres qu'on y découvre une humanité désemparée, en proie aux caprices des luttes de pouvoir intestines.

Un récit hybride à mettre en toutes les mains mutantes et non-mutantes, disponible aux éditions Les Moutons Électriques !

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