Critiques

Le bonheur exige un Sacrifice

Par Alex Moon
5 min 15 mai 2024
Le bonheur exige un Sacrifice

Les éditions Urban Comics aiment sortir des sentiers battus. Si on les connaît pour leurs nombreuses propositions autour de l’univers DC Comics, leurs récits indépendants, en un ou plusieurs tomes, sont toujours d’une grande qualité. Aussi à l’aise dans l’adaptation d'œuvres telles que Le Sorceleur ou de roman comme ceux de Neil Gaiman, leurs auteurs et dessinateurs ont maintes fois prouvé que le comics était capable de grandes épopées, épiques et fascinantes, au même titre que la littérature classique.

Sacrifice est de celles-ci.

Rick Remender (auteur, entre autres, de Deadly Class) et Max Fiumara (à qui l'on doit la série de comics Lucifer) nous proposent un monde de fantasy varié, sombre et sublime, où le bonheur ne tient qu’à une chose, une concession dont il faut s'acquitter : un sacrifice.

 

 

L’histoire

Cinq familles divines assurent la paix et l’harmonie sur le monde. Grâce à elles, aucun habitant, peu importe son espèce, ne connaît la faim, la misère ou la souffrance. Le prix de ce bonheur doit être payé tous les vingt ans : un enfant, offert en sacrifice, pour vingt nouvelles années de prospérité.

Un don qui est vécu comme une bénédiction au sein du peuple de l’eau, chez qui le futur sacrifié est choyé et traité comme un avatar semi-divin. Au contraire de celui de cette famille de paysans, dont le fils aîné choisi pour être donné a été tenu à l’écart toute sa vie afin d’être certain que personne ne s’attache à lui. Pourtant, quand vient le temps de la moisson, l’un comme l’autre seront enchaînés et emmenés, avec tous ceux qui ont été offerts. Où ? Ils l’ignorent.

Pendant ce temps, chez les dieux, Soluna, fille du soleil et de la lune, désire ardemment savoir en quoi consiste le rituel auquel ses parents s’adonnent tous les vingt ans et où elle n’est pas conviée. Sa curiosité pourrait cependant se conclure d’une bien horrible façon…

 

 

L’avis d’Alex

Si l’idée d’un sacrifice divin fait presque partie des codes de la fantasy, l’univers et les personnages présentés dans Sacrifice sont extrêmement originaux. La façon dont l’histoire est mise en scène contribue à nous immerger dans l'aventure. Comme les héros, nous sommes ballotés vers l’inconnu, perdus face à un monde dont nous ignorons les règles et les codes, à la fois apeurés et curieux de ce qui va surgir de la page suivante. Un effet renforcé par le fait que la plupart des personnages et des lieux ne sont pas nommés.

Si l’univers de Sacrifice est aussi fascinant, c’est également grâce au trait de Max Fiumara, incisif et précis, et au souci du détail qui transpire dans chaque scène. Ici, on ne cherche pas à embellir la laideur : les gueules cassées sont déformées et suintantes, les vieillards sont mangés par les rides, les pics montagneux ressemblent à autant de crocs inquiétants et les tripes volent lorsqu’une lame les traverse !

 

 

Enfin, il y a ce final qui nous permet de prendre la mesure de l’histoire proposée par Rick Remender. Lorsque toutes les pièces du puzzle s'emboîtent et que l’aventure prend sa véritable tournure, on comprend que le propos sera aussi celui d'une lutte des classes et de la fin de l'innocence. Un final qui annonce une suite engagée et sanglante, qu’il nous tarde de découvrir. 

 

Laissez-vous surprendre par Sacrifice, aux éditions Urban Comics.

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