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Critique - Lisière du Pacifique (Kim Stanley Robinson) : Un récit lent et personnel sur une ville utopique dans l'Ouest américain

Par Louis - CINAK
3 min 26 juillet 2021
Critique - Lisière du Pacifique (Kim Stanley Robinson) : Un récit lent et personnel sur une ville utopique dans l'Ouest américain
On a aimé
- Les descriptions magnifiques
- Le quotidien utopique amené en douceur
- L'histoire qui prend son temps (si on aime la politique et le social en SF)
On a pas aimé
- L'histoire qui prend son temps (si on est fan de space-opera et d'action)

Les utopies des livres sont aussi des utopies de poche. Elles ne nous apportent rien, à nous qui sommes prisonniers de ce monde, on les voit comme l’intérieur d’une boule de neige qu’on aurait secoué, et alors ? C’est peut-être joli, mais on est coincé ici, et personne ne va nous donner de nouveau départ, il faudra qu’on se confronte à l’histoire.

Kim Stanley Robinson est mondialement reconnu comme un des plus grands auteurs contemporains de SF. Avec sa trilogie Mars la Rouge ou encore New York 2140, il n’a de cesse d’anticiper les changements qui toucheront l’humanité dans son ensemble, que cela soit sur Terre ou ailleurs. Les Moutons Electriques ont profité de l’année 2020 pour publier un texte inédit de l’auteur : Lisière du Pacifique. Dans celui-ci, on observe ce que peut donner une utopie à l’échelle d’une ville, où le monde a subi de plein fouet le réchauffement climatique.

Kévin est architecte dans la petite ville d’El Modena, qui réduit par tous les moyens possibles son empreinte carbone sur le monde : tous les déplacements se font à vélo, les bâtiments sont éco-responsables et les gens vivent en collocation, même les familles… El Modena est un vrai monde à lui tout seul où tout le monde se connaît et s’entraide. Kévin vient justement d’être élu au conseil de la ville sous l’étiquette écologiste. Mais rapidement, deux choses viennent perturber son quotidien : il sent que le maire de la ville essaye de lui la mettre à l’envers sur un projet d’urbanisme qu’il veut faire adopter en secret afin de développer la ville et détruire une réserve naturelle pour faire de la place, et aussi, le même maire vient de rompre avec sa petite amie dont Kévin est secrètement amoureux depuis des années. Et c’est justement là que réside toute l’ambiguïté de ce roman utopiste, on ne sait jamais si le combat de Kévin est réellement dénué de malhonnêteté car vie personnelle (évidemment qu’il va sortir avec l’ex du maire…) et engagement politique vont rapidement se mêler !

Kévin va s’efforcer de mettre à jour l’agenda du maire et va rapidement déchanter sur la politique. Elle est loin d’être douce avec les idéalistes, car l’argent est au cœur de nombreuses réflexions politico-sociales. Il touche du doigt les coulisses de la corruption et des pressions que subissent les politiciens d’aujourd’hui pour développer au détriment de l’environnement. L’auteur montre ainsi que la lutte est permanente pour préserver ce qu’il nous reste, et que cela est nettement plus dur quand les caisses sont vides…

Kim Stanley Robinson nous parle du futur par petites touches. Il ne tombe pas dans l’écueil de l’exposition, en effet, on découvre ce nouveau monde lentement et par des éléments distillés dans les conversations. Le diable se cache dans les détails avec l’auteur. Un lecteur inattentif ne remarquera pas les colibris génétiquement modifiés ou le recyclage d’anciennes fusées et de tanks en matériaux de construction. L’auteur nous propose une lente immersion dans un quotidien où le changement s’est fait doucement et ne surprend personne (en plus de nous offrir de magnifiques descriptions de l’Ouest américain avec son granit rouge et ses pins centenaires).

Lisière du Pacifique adopte plusieurs points de vue qui apportent tous des conceptions différentes de la vie. Kévin s’indignera des politiques douteuses du maire. L’avocat de la ville sera désabusé mais cherchera à bien faire dans un combat qu’il estime perdu d’avance. L’ancien activiste n’a pas perdu le feu sacré qui l’habitait. Et le narrateur qui s’adresse à nous en italique se moque de ces « utopies de poche » dans la littérature…

Les habitués de l’œuvre de l’auteur retrouveront son style lent dans l’action, qui est sa vraie marque. Amateur de space opera ou d’actions flamboyantes, passez votre chemin, sauf si vous êtes friands de récits politiques où les destins s’entrecroisent ! 

Avec Lisière du Pacifique, Kim Stanley Robinson signe un récit lent et personnel d’une ville qui s’efforce ne plus marquer le monde de la présence humaine. Les amateurs de l’auteur se retrouveront dans ce style plein d’une langueur qui fait honneur à l’œuvre de l’auteur et il nous rappelle qu’un autre quotidien est possible si l’Homme se mettait à oublier sa folie des grandeurs.

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Crédit illustrateur : Melchior Ascaride 

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