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Dossier - 5 classiques pour découvrir la Dark Fantasy

Par Louis - CINAK
10 min 14 août 2021

Rares sont les récits de fantasy que l’on prend du point de vue du Mal, ou du moins, dans sa définition manichéenne. Pourtant, les auteurs de Dark Fantasy prennent plaisir à nous faire découvrir des anti-héros, voire mêmes de grands voyous sans-cœur, et surtout à nous les faire aimer ! Ils n’oublient jamais de les faire évoluer dans des univers sombres et angoissants, qui viennent parfois justifier leur état d’esprit pessimiste, égoïste et complexe. Grâce à eux, la fantasy s’est dissociée du carcan Bien/Mal pour réfléchir au bien-fondé de cette vision du monde. On les remercie pour ce changement qui apporte à la fantasy d’aujourd’hui d’infimes nuances qui viennent complexifier le genre et les personnages.

Aujourd’hui, SyFantasy vous fait découvrir des héros qui n’ont pas de cœur (ou c’est ce que l’on croit) et qui se sont forgés dans l’adversité de mondes violents, sombres et ô combien fascinants !

 

Un dossier aux « petits nouveaux » de la Dark Fantasy ne saurait tarder ! L’occasion d’évoquer le travail de Charlotte Bousquet, Mark Lawrence, Brent Weeks… 

Crédits illustrateur : Martin Bergström

Dossier - 5 classiques pour découvrir la Dark Fantasy
1 - Les Annales de la Compagnie noire de Glen Cook : Le roman qui a donné ses lettres de noblesse à la Dark Fantasy
2 - Sandman de Neil Gaiman : LE comics de Dark Fantasy au pays des songes
3 - Les Chroniques de la Lune Noire de François Froideval : LA bande-dessinée française qui magnifie le genre
4 - Le cycle d’Elric de Michael Moorcock : L’œuvre patrimoniale gothique par excellence
5 - Solomon Kane de Robert E. Howard : La Bible et l’Acier au cœur d’actions flamboyantes
1. | Les Annales de la Compagnie noire de Glen Cook : Le roman qui a donné ses lettres de noblesse à la Dark Fantasy

Le Mal est relatif, annaliste. On ne peut pas lui mettre d'étiquette. On ne peut ni le toucher, ni le goûter, ni l'entailler avec une épée. Le Mal dépend de quel côté on se trouve, de quel côté on pointe son doigt accusateur.

Impossible d’aborder la question de la Dark Fantasy sans évoquer Glen Cook et sa célèbre Compagnie Noire, fière compagnie de mercenaires prêts à servir le plus offrant. Même si celui-ci est clairement maléfique !

Depuis des siècles, les traditions et souvenirs de la Compagnie Noire sont consignés dans des annales. Entrée au service de la Dame et de ses sorciers maléfiques, la compagnie participe à l'une des plus sanglantes campagnes de son histoire. Cette Dame, une puissante magicienne, fut libérée de sa prison éternelle en compagnie de ses Dix Asservis, il y a dix ans de cela. Depuis, ces puissances malfaisantes cherchent à reconquérir le terrain perdu et asseoir leur domination sur le monde en luttant contre un Cercle de mage de la « Lumière » et des rebelles à leur rapide ascension !

Même les « gentils », les mages du Cercle, possèdent de belles crapules en leur sein, ce qui rend le « Bon côté » tout aussi antipathique. Glen Cook joue ainsi avec les frontières entre Bien et Mal et leur perception (bien que les mercenaires réalisent qu’ils n’apportent pas paix et harmonie aux rebelles !). L'atmosphère est donc sombre et glauque, mais, même si des exactions sont commises, l'auteur évite d’aborder le sujet pour ne pas faire détester ses protagonistes. Et les mercenaires ne sont pas tous pourris jusqu’à l’os, loin de là ! Ils empêcheront le viol d’une enfant, porteront secours aux orphelins et aux vieillards… Tout n’est pas noir, mais tout n’est pas blanc non plus avec Glen Cook !

L'ambiance et l'univers sont sombres mais l’on ressort de la lecture changé et non déprimé. Toubib nous fait un récit très personnel, le rendant parfois léger pour ne pas nous submerger par le pessimisme de l’univers : il rapporte les morts et la violence mais aussi les chamailleries absurdes, les concours de qui pissera le plus loin entre les deux mages de la compagnie, les moments de camaraderie, les moments solennels…  A travers toute la saga de cette compagnie de loups de guerre, on ressent un esprit de corps très fort et qui arrive à porter l’histoire bien au-delà d’un simple récit de guerre.

Le langage dur et brut renforce le réalisme du récit. Au milieu de mercenaires, la politesse n’est pas de mise. Seul peut-être le respect de la hiérarchie évite les débordements langagiers et violents (et encore !). On a l’impression d’évoluer au milieu de barbares civilisés qui nous plongent dans un quotidien d’une rugosité étonnante. Ce ton est permis par Toubib qui tient consciencieusement les annales et qui s’efforce de rapporter le plus fidèlement possible les propos de chacun. Certains ayant parfois leur gimmick et leur phrase fétiche, renforçant notre attachement à leur égard mais aussi en leur créant une identité propre.

Attachement d’ailleurs que vous devez fuir le plus possible (même si cela est possible car on les aime ces bougres !) car la mort est toujours au tournant dans les Annales de la Compagnie Noire. Certaines morts seront épiques, d’autres non, confortant l’idée que l’univers de Glen Cook est sombre et chargé de désespoir !

Avec un style incisif, Glen Cook sert un récit sombre, ambiguë et très personnel qui en a fait l’une des œuvres de Dark Fantasy les plus reconnues au monde. Et à raison !

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