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Dossier - Robin Hobb : 3 sagas pour 3 styles de lecture

Par Louis - CINAK
10 min 29 mai 2021

Margaret Lindholm Ogden de son vrai nom, Robin Hobb est l’une des plus grandes autrices de fantasy de son temps. Avec plusieurs grandes sagas et une multitude de romans, elle a su faire rêver adolescents et lecteurs aguerris grâce à un style mature et accessible tout en traitant de sujets forts comme la quête d’identité, l’amour, le sexisme ou encore le choc des cultures. 

Quand une idée te vient brusquement et que tu estimes que c'est la vérité sans te fonder sur aucune preuve, tu te rends aveugle aux autres possibilités. 

Dossier - Robin Hobb : 3 sagas pour 3 styles de lecture
1 - L’Assassin royal : pour ceux qui veulent s’initier aux récits introspectifs
2 - Les Aventuriers de la mer : pour ceux qui veulent de l’aventure !
3 - Le Soldat chamane : pour ceux qui veulent du world-building et une quête mystique
1. | L’Assassin royal : pour ceux qui veulent s’initier aux récits introspectifs

Dans un souci de non-spoil, je ne parle ici que du premier cycle de L’Assassin royal, appelé par ses éditeurs français (Pygmalion et J’ai Lu), la « Première Epoque ».

L’Assassin royal est un vrai chef d’œuvre de la fantasy, pas tant par son intrigue qui est somme toute très classique (un jeune garçon en quête d’identité dans un royaume médiéval-fantasy en guerre) mais par son style, sa manière d’aborder tant de sujets en quelques pages : l’obéissance aveugle, le respect à la famille et les obligations alors même que l’on est un bâtard, le mépris des autres, la peur de la mort, l’alcoolisme, le premier amour, la passion, l’immaturité…

En effet, Fitz-Chevelarie est un bâtard royal de la famille des Loinvoyant (une famille connue pour ses grands rois et reines et ainsi que pour leur pouvoir psychique appelé Art). Il est dur d’être un bâtard quand le trône n’est pas tenu par un roi fort et assuré par un héritier fiable et aimé du peuple. Rapidement, Fitz devra rentrer au service de la Couronne en tant qu’assassin, car bien qu’il ne puisse prétendre au trône, il assistera aux grands événements et banquets et donc aura accès à des instances peu communes pour un assassin de basse extraction. Mais Fitz porte en lui un lourd secret : il est capable de se lier aux animaux, or, cette magie est interdite par le roi.

La question de la bâtardise et de son don spécial impose à Fitz de trouver sa place dans le monde, ce qui fait de l’Assassin royal une série parfaite pour les adolescents qui cherchent à se construire par la lecture. Cependant les thèmes sérieux et durs plairont à des lecteurs adultes ou plus aguerris !  

La narration à la première personne apporte de la profondeur au personnage et nous fait suivre ses états d’âme (régulièrement changeants !). La transition entre un adolescent et un adulte se ressent même dans le style et le tiraillement intérieur entre un jeune homme à qui on a volé sa jeunesse et un jeune adulte qui se doit d’être responsable pour les personnes qu’il aime et la Couronne qu’il sert. Certains passages sont parfois très durs pour le héros et dans le premier cycle de l’Assassin royal, le héros est parfois clairement en dépression et cette tristesse se ressent dans le rythme et le style de l’autrice, ce qui est tout à son honneur !

De plus, ce type de narration appuie sur l’attachement ou le dégoût que l’on pourrait ressentir pour les autres personnages : on aime Vérité pour sa simplicité et l’amour qu’il éprouve pour Fitz, on hait Royal pour toutes les émotions contradictoires qu’il suscite et pour ses petites piques indignes d’un prince… Et bien que la narration se concentre sur Fitz-Chevalerie, tous ceux qui jalonnent sa vie nous sont chers et chacun apportent une pierre à l’édifice : l’amour, la fraternité, la morale, le devoir…

J’ai une affection sincère pour le personnage du roi : alité, vieux mais aimant son bâtard de petit-fils et incapable de gérer la menace des pirates sur ses côtes. Menace qui aura de lourdes conséquences politiques sur le royaume et sur Fitz.

L’intrigue politique a plus que son importance dans l’Assassin royal, où les comtes de la Côte (comtés historiques du royaume) s’opposent toujours aux comtes de l’intérieur des terres (riches mais peu influents), car un assassin doit savoir si d’un assassinat ou d’une intrigue serait le plus pertinent pour le salut du royaume. L’autrice a su créer de vrais enjeux derrière les actes du jeune bâtard royal, ce qui le fait gagner en maturité tout en montrant que le monde autour de lui avance à un rythme effréné.

Tout cela mis bout à bout fait que L’Assassin royal est une série littéraire « complète » qui plaira à tous et toutes de par sa maturité d’écriture, son intrigue bien ficelée mais aussi par un style extrêmement accessible.

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