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Critique - Shangri-La (Mathieu Bablet): L'humain est-il destiné à toujours répéter les mêmes erreurs ?

Par Darthfry - Nicolas
3 min 22 novembre 2021
Critique - Shangri-La (Mathieu Bablet): L'humain est-il destiné à toujours répéter les mêmes erreurs ?
On a aimé
- Des dessins à couper le souffle
- Une histoire universelle
- Un message d'une actualité brulante
On n'a pas aimé

On avait pas le choix, je vous dis ! On repondait à une demande...

Si Mathieu Bablet s’est imposé ces dernières années comme un des auteurs de Bande Dessinée SF Français les plus doué de sa génération, il le doit en partie à Carbone et Silicium son excellent dernier album, celui de la consécration, mais nul doute que Shangri-La est, pour le moment, la pièce maitresse de sa jeune œuvre.

Shangri-La est une œuvre d’anticipation qui se passe dans une gigantesque arche spatiale ayant recueilli l’humanité après l’inévitable catastrophe climatique ayant rendue la Terre inhabitable. Cette arche appartient à Tianzhu une corporation qui contrôle les désirs et le quotidien des habitants de l’arche. Imaginez les derniers êtres humains dans l’univers dans une station spatiale dirigée par une sorte d’Apple (que l’on devine Chinois, disons plutôt Xiaomi). Un quotidien morne, réduit à conso-boulot-dodo, ou les êtres humains vivent au rythme de leur travail sur la station et des désirs infligés à grand coup de publicités qu’il est difficile d’éviter par Tianzhu, seule et omniprésente marque. Pour être heureux l’habitant de la station doit consommer le dernier téléphone Tianzhu, la dernière combinaison Tianzhu, bref on leur inflige des désirs qui les affligent. Mais, car l’être humain est ainsi fait, une révolte se fait jour et commence à faire du bruit à bord de l’USS Tianzhu.

Au centre de tout cela se trouve un groupe, qui va vivre, à leur échelle, les soubresauts de la vie de la station, entre Scott ravi de sa vie made by Tianzhu et peu désireux de comprendre les raisons du travail de « nettoyage » d’expériences ayant visiblement mal tournées qui lui est régulièrement confié et ses collègues Virgile, Nova… beaucoup plus curieux et proches de la rébellion, mais aussi John un animoïde, sorte de chien bipède et doté de la parole, victime régulièrement de la violence et du rejet des humains.

Dois-je réellement encore faire le panégyrique de Mathieu Bablet ? Avec son style immédiatement identifiable qui fait son succès et sa renommée, en deux mots, si ce n’est déjà fait : Découvrez Bablet. Celui-ci excelle tout d’abord avec ses grands décors urbains ultra détaillés, déjà ici plus limités au vu du sujet, mais quand même présents et qui éclatent la rétine. La vraie réussite réside dans les vues spatiales, avec quelques splash pages de toute beauté. Et pour le tout, on retrouve un sens du détail omniprésent qui fait la singularité de ce dessinateur. Seuls les personnages, au look particulier demandent parfois de prendre un petit temps pour s’adapter, mais pas d’inquiétude, ils n’en restent pas moins parfaitement expressifs.

On ne s’attache pas particulièrement aux personnages d’ailleurs, ils sont plus là pour servir l’histoire, représentant chacun un positionnement par rapport à Tianzhu et/ ou la rébellion. Entre le resigné, l’exaltée, le sage, la victime de la société, plus que des individualités, ce sont plus des stéréotypes servant l’histoire et le propos, et permettant d’avancer jusqu’au parfait denouement. Plus d’aspérités auraient peut-être été bienvenues, mais cela reste toujours juste dans le propos.

L’univers de l’ouvrage est, comme souvent avec Bablet, une anticipation pessimiste dans un futur ou l’humanité a laissé le changement climatique rendre la Terre inhabitable, et où celle-ci n’a rien appris de ses erreurs du passé. Consommation à outrance, corporation surpuissante, violence, rejet et exploitation de l’autre, rien ne nous est épargné et semble vouloir ouvrir les yeux du lecteur d’aujourd’hui pour qu’il puisse agir.

En est-il seulement encore temps ? 

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