Critiques

Le Royaume sans Nom : Les Lannister d'Herik Hanna

Par Alex Moon
5 min 26 septembre 2023
Le Royaume sans Nom : Les Lannister d'Herik Hanna
On a aimé
Dessins superbes, histoire parfaitement ficelée, intrigue bien rythmée... Tout est bon dans le Royaume sans Nom !
On n'a pas aimé
L'attente avant l'Acte II, je ne vois que ça !

Le Royaume sans Nom, c’est une nouvelle bande dessinée parue le 13 septembre aux éditions Glénat. Si ce premier tome est sobrement sous-titré Acte I, c’est bien parce qu’il s’agit là d’une tragédie toute shakespearienne, d’une histoire aussi tortueuse que ses intrigues et aussi multiple que les facettes de ses personnages.

Ne vous laissez pas abuser par l’aspect parfois mignon de ses héros anthropomorphes, ce récit, scénarisé par Herik Hanna, est celui de manœuvres politiques, de complots sanglants et de cruelles trahisons.

Quand le lion se meurt, même les chiens ont du courage.

A la cour des Lions, le vieux roi est lassé de régner, mais la tradition l’exige : pour prendre sa place, son fils doit également prendre sa vie. Trop attaché à son père, le prince refuse depuis toujours de commettre un parricide qui le propulserait sur un trône dont il ne veut pas. Pourtant, les complots pour évincer le roi vont bon train. Menés en premier lieu par la reine elle-même, qui semble nourrir une ancienne rancœur envers son époux, assez tenace pour faire d’elle une intrigante.
L’arrivée de la délégation des royaumes du Nord ne va pas calmer les esprits, bien au contraire. Manigances politiques, conflits raciaux, pots-de-vins… L’agitation qui secoue les terres du Sud excite les esprits les plus vils, et les drames qui se jouent dans l’ombre n’épargneront personne, pas plus les petites gens que les hauts seigneurs.

Zootopia contre Le Trône de Fer.

Riche, complexe, parfaitement orchestré, le scénario d’Herik Hanna est digne des meilleures tragédies de William Shakespeare, ou des intrigues de George R.R Martin.

On y trouve aussi bien du cynisme qu’un humour de situation. Des héros aux répliques théâtrales côtoyant des personnages à la langue bien pendue. Et une véritable maestria quand il s’agit de développer des conspirations et d’écrire des antagonistes menant un double jeu.

Le plaisir de la lecture vient aussi des superbes dessins de Redec. Caractérisant les personnages avec un trait qui se prête aussi bien aux échanges politiques, qu’aux affrontements sanglants. Que ce soit lorsqu’il faut donner au lecteur la mesure de cette cité aux dimensions cyclopéennes, qui s’étale sous les fenêtres du monarque. Ou bien pour suggérer des ébats inter-espèces dans un lit à baldaquins ! Chaque case est une œuvre d’art à travers laquelle Redec donne vie à l’histoire. Un travail qui n’aurait pu atteindre son apogée sans le talent de Lou, à la couleur, capable de donner cette ambiance si propice à un récit aux ambitions dantesques. Des couleurs qui donnent toute son intensité à la scène finale, chargée d’une puissante émotion.

Premier acte avant l’entracte.

Avec une histoire aussi fascinante et bien ficelée, impossible de ne pas refermer cet Acte I sans un vif désir d’en connaître la suite.
Après Bad Ass et Détectives, Herik Hanna signe là sa plus grande œuvre.

Le Royaume sans Nom, une BD incroyable et tragique à découvrir d’urgence aux éditions Glénat.