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Critique - Les Naufragés de Velloa (Romain Benassaya) : l'un des romans de SF à lire cette année

Par Louis - CINAK
3 min 2 août 2021
Critique - Les Naufragés de Velloa (Romain Benassaya) : l'un des romans de SF à lire cette année
On a aimé
- Le personnage de Linea
- La tension dans les dialogues
- L'ambiance science-fantasy
On n'a pas aimé
- Dayani, qui est légèrement une Mary Sue au début du roman

- Je vais prier pour l'avenir de nos deux planètes.


- Prenez garde quand vous priez, l'univers est vaste, et quelqu'un pourrait vous entendre... 

On ne le répétera jamais assez mais Romain Benassaya est un auteur à suivre (jetez un coup d'oeil à notre dossier sur les voix de la SF françaises à lire absolument pour nous lire sur ses autres œuvres). Friand de space opera et de huit-clos, avec Les Naufragés de Velloa, l’isolement prend l’échelle d’une planète entière, peuplée d’une Humanité retournée au Moyen-Âge.

La Terre est devenue inhospitalière et Mars et Vénus ont refusé d’accueillir leurs frères et leurs sœurs humains, faisant de millions de personnes des Naufragés spatiaux, soit enfermés tels des rats bunkerisés sur des planètes sans oxygène, soit sur des vaisseaux sans gravité et à la technologie datée. 3 factions, 2 planètes-forteresses à la population contrôlée, voici le portrait de notre avenir selon Romain Benassaya.

Quand un agent martien, Mark, apprend qu’un vaisseau de naufragés, à qui Vénus avait refusé asile, a pu rejoindre l’étoile Sigma Draconis quatre cents ans plus tôt, c’est la course entre ces 3 factions pour le contrôle de cette technologie qui permettrait à l’humanité de sortir du système solaire ! Martiens et Vénusiens décident d’un commun accord de monter une expédition ensemble (chacun possédant une partie de la technologie permettant de réduire la durée du voyage) vers cette étoile lointaine. Les Vénusiens seront représentés par Karen, la fille du souverain de la planète-forteresse, et dans ses bagages, une réfugiée naufragée aux capacités de survie excellentes, Linea. Après des décennies de voyage à travers l’espace, endormie dans des caissons, l’expédition arrive aux abords de la planète et découvre un vaisseau à l’abandon et les restes mystérieux d’une civilisation alien en orbite autour de la planète.

Lors de leur exploration du vaisseau, le trio assiste à l’explosion de leur arche et terrifiés se décident à rejoindre la planète en espérant y trouver la technologie mystérieuse qui permettrait de les renvoyer chez eux, tout en y apprenant plus sur la civilisation alien à son origine. En parallèle, l’auteur nous offre l’histoire de Dayani, une jeune fille descendante de ces naufragés miraculeusement transportée sur Velloa (la planète orbitant autour de Sigma Draconis). Sauf que Dayani en a assez de Midim’a, cette ville nichée au cœur de la seule vallée réellement habitable de Velloa. En effet, le vaisseau de ses ancêtres ne comptait que 200 passagers, conduisant rapidement à un problème de renouvellement génétique de la société. Les mariages sont imposés pour éviter la consanguinité et le clergé d’Adrastrée, la déesse qui aurait sauvé son peuple, est prêt à soumettre toute menace à son autorité. Dayani va donc s’enfuir avec ses amis et découvrir la rudesse de sa planète et les perdre les uns après les autres, pour, au final, croiser la route du trio d’extra-velloiens !

Vous l’aurez compris, Romain Bennassaya a décidé d’adopter 4 points de vue très différents, voire même antagonistes. Martien et Vénusienne possèdent leur propre agenda et participent à l’expédition de mauvais cœur. Tandis que Linea y voit une opportunité de sauver son peuple et de rejeter l’aide des deux planètes-forteresses qui ne fait que prolonger l’agonie de son peuple. Dayani va rapidement se prendre d’affection pour la Naufragée car elle lui est proche, créant une relation grande sœur-petite sœur très bien amenée par l’auteur. Les conflits entre Mars et Vénus vont également se transposer dans les dialogues entre ses deux représentants, créant beaucoup de tensions dans l’histoire et nombre de retournements de situation.

Linéa est clairement le meilleur personnage des Naufragés de Velloa car elle est pleine de pragmatisme, de débrouillardise et elle est également porteuse de la voix de tout un peuple. J’avoue avoir eu plus de mal avec le personnage de Dayani qui se rapprochait parfois d’une Mary Sue à qui rien ne peut arriver (bien que cela ne soit pas vrai tout le long du roman).

L’auteur a su transposer de nombreuses problématiques dans ce roman fluide et au propos très clair : racialisme, refus des migrants, isolationnisme, eugénisme, construction de mythes autour d’un passé flou, aspiration vers un ailleurs… Romain Benassaya arrive toujours à brosser un portrait extrêmement large et précis d’un sujet et les Naufragés de Velloa n’y fait pas exception !

Cette ambiance de science-fantasy est rafraîchissante quand on connait ses deux précédents romans qui se déroulaient dans l’espace. Les fantômes des Tunneliers (l’espèce alien originelle, aquatique et étrange) et leurs ruines à la géométrie mystérieuse en forme de coquillages géants, ou encore le clergé d’Adrastée et ses pratiques qui font froid dans le dos (notamment à la fin du roman) créent une ambiance sombre et parfois malaisante tant elle est chargée de tensions.

Les Naufragés de Velloa est un roman de science-fiction à lire absolument. Roman Benassaya excelle une nouvelle fois dans l’art du page-turner en évoquant des sujets comme l’immigration et la quête d’un ailleurs qui nous touchent encore aujourd’hui. Foncez !

Chez l’éditeur (Grand Format)

Chez l’éditeur (Poche)

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Crédit illustrateur : Niko Henrichon

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