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Critique - Un Long Voyage (Claire Duvivier) : Une nouvelle voix de la fantasy nous offre un récit doux et fascinant

Par Louis - CINAK
3 min 28 juin 2021
Critique - Un Long Voyage (Claire Duvivier) : Une nouvelle voix de la fantasy nous offre un récit doux et fascinant
On a aimé
- Le point de vue atypique en fantasy
- Le style doux et saisissant
- Les explosions de violence dans un océan de calme
On a pas aimé
- Rien à dire !

"Surtout, en arrivant à Solmeri, ne fais pas le caneton." Et comme je l'interrogeai du regard, elle m'expliqua : "Ne t'attache pas bêtement à la première personne que tu vas voir en descendant du bateau".

Claire Duvivier est éditrice et s’est essayée pour la première fois à l’écriture avec Un Long Voyage. Ecrit dans une fantasy douce et fascinante, ce récit d’un jeune page au service d’une ambassadrice est un vrai cadeau aux lecteurs d’imaginaire.

Liesse est né sur l’île de Tan-henua, sous protectorat impérial. Mais à la mort de son père, pour des raisons obscures et propres à sa culture, sa mère est obligée de le vendre à des agents de l’Empire afin de lui éviter un sort pire que la mort.  Sauf que, l’esclavage est aboli dans l’Empire depuis des années, ce qui crée un précédent et oblige les agents impériaux à cacher sa situation. Alors même qu’il est traité comme un citoyen lambda, Liesse doit rester discret sur sa condition. Encore jeune, il va suivre l’enseignement des marchands en charge du comptoir impérial sur l’île : comptabilité, tenue lors des réceptions, diligence… C’est en apprenant ici les rudiments de l’administration que Liesse va se forger un caractère et se doter d’outils qui lui serviront au cours de ses voyages à travers l’Empire.

En fait, Liesse sera un voyageur. Il conte à sa femme son destin incroyable, celui d’avoir croisé la route de Malvine Zelina de Félarasie, noble de haute-lignée, envoyée sur son île afin de développer la situation politico-commerciale de l’Empire. Mais Malvine ne se contentera pas de ce petit archipel aux marges de l’empire, car elle va bientôt être nommée gouverneur d’une province. Et c’est par un heureux hasard, que Liesse va se joindre à elle, en tant que secrétaire. L’occasion pour lui de découvrir cités et cultures radicalement différentes, ainsi que nombre de machinations qui ont conduit l’Empire à s’effondrer.

Liesse est âgé quand il raconte son histoire à sa femme. L’Empire n’est plus qu’un lointain souvenir et nombre d’anciens royaumes ont ressuscité. Tout cela Liesse va le vivre de l’intérieur, le plus souvent sans violence aucune. Sur les 6 provinces que comptent l’Empire, le lecteur en découvrira trois. Le reste, c’est au lecteur de se l’imaginer, en même temps que ces ennemis à la frontière qui attendent une faille dans l’armure impériale : cette Seconde Hégémonie, ou encore ces « statues » grises qui semblent passer la frontière par petits groupes… Claire Duvivier maîtrise clairement son histoire en même temps qu’elle suggère un monde bien plus vaste aux accents chantants.

Le discours à la première personne brille par son propos extrêmement intimiste et calme, qui fait un contrepoint parfait aux scènes de batailles habituelles de la fantasy. Mais attention, l’action n’est pas lente ! Elle se retrouve dans les situations diplomatiques tendues, dans les négociations à couteaux tirés ou encore dans les disparitions mystérieuses qui déstabilisent l’Empire… Et cette apparente douceur du récit ne fera que sublimer et accroître le choc des rares scènes violentes de l’histoire de Liesse.  C’est justement ce point de vue d’un jeune secrétaire qui est intéressant : Claire Duvivier laisse la parole à tous ceux qui ne sont pas des guerriers. Claire Duvivier a cette touche que l’on retrouve de plus en plus en fantasy : un texte touchant, plus proche du réel et où la violence n’est qu’un épisode et non une quête.

Les personnages progressent dans ce cheminement qu’est leur vie parfois mouvementée. L’ambassadrice de prime abord enjouée et toujours volontaire, deviendra parfois aigrie. Tandis que Liesse gagnera en confiance plus ses responsabilités augmenteront et plus il se confrontera à la magie de ce monde. Car oui, magie il y a, mais une magie douce, ensorcelante et mystérieuse pour les citoyens de l’Empire. Finis boules de feu, finis dragons, non ici il s’agit de disparitions mystérieuses (de « Ravissement ») que l’on comprendra que tardivement, ou encore de magie du temps… (mais je ne vous en dirais pas plus !)

Claire Duvivier est une autrice à suivre car avec un seul roman elle fait déjà montre des qualités des plus grands. Ses personnages sont attachants et ont ce goût de réel qui manque parfois à la fantasy. Elle a su écrire une fantasy douce et fascinante.

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Crédit illustration : Elena Vieillard

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