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Édito #11 : Mon royaume pour un remake

Par Alfro
7 avril 2014

Certes, nous avons régulièrement ce débat sur l'originalité à Hollywood. Ne serait-elle vraiment plus qu'un vague souvenir ? Sans aller jusque là, l'empire du cinéma américain s'étant de tout temps vampirisé au fil des époques sans pour autant oublier de nous livrer de nouveaux concepts, de nouvelles idées et de merveilleuses surprises, il faut reconnaître que là, on sent les producteurs au fond du trou. Ça rame sévère pour ramener du neuf sur le devant de la scène, et Thomas Tull, patron de Legendary Pictures, aurait des leçons à donner. Mais visiblement, personne l'écoute et il se fait même mettre à la porte de Warner.

Certes, lui aussi a cédé aux sirènes du remake. Mais il serait quand même déplacé de croire que Godzilla n'est qu'une tentative de ramener des espèces sonnantes et trébuchantes (dans des caisses qui n'en ont pas besoin) devant l'ambition artistique affichée par le film de Gareth Edwards. Le retour du monstre de la Toho en terres américaines n'a pas grand chose à voir avec les multiples projets dont on peut douter du bien fondé, et surtout des intentions qui sont derrière.

Jugez plutôt, en moins d'un an, ont été annoncés des remakes pour Poltergeist, Vendredi 13 (un nouveau, après celui de 2009, une inception de remake quoi), Le Jour des Mort-Vivants (oui, lui aussi en a déjà eu un de triste mémoire), Les Oiseaux (d'Alfred Hitchcock à Michael Bay, il n'y a visiblement qu'un pas), Les Goonies ou Les Gremlins. Et on en omet sans doute un certain nombre. Ne montrons pas les classiques aux nouvelles générations, faisons leur plutôt un remake.

Sauf qu'il y a quand même un truc de gênant. Moi j'aimais bien les maquettes un peu péraves du Gremlins de Joe Dante, même qu'elles m'avaient fait vachement peur quand je les avais découvert devant mon Cacolac. Alors, certes en CGI se sera certainement plus "réaliste" et plus fluide. Mais bon, le réalisme d'une créature imaginaire, au bout d'un moment faudrait savoir de quoi on parle. Je ne doute pas que ce sera impressionnant, techniquement largement supérieur au film de 1984 et que, la vache qu'est-ce qu'ils seront moches. Ou pas. C'est justement ça la crainte, qu'ils en oublient qu'on s'adresse d'abord à notre imaginaire ici.

Objectivement, on se rendait compte que les mains des zombies apparaissant dans de nombreux plans des films de George Romero n'étaient que des gants de latex peints, mais à aucun moment elles n'en étaient pas moins effrayantes. C'est le contrat tacite que passe le spectateur avec le réalisateur, une convention qui stimulait notre imagination. Le principe de mimésis, connu depuis Aristote hein, on a eu le temps d'assimiler, fait que l'idée de la terreur est plus effrayante que la terreur elle-même. Si Marlon Brando reste longtemps dans l'ombre dans la scène culte d'Apocalypse Now, c'est que Francis Ford Coppola a bien compris que c'était d'autant plus angoissant pour le spectateur de ne pas le voir (et puis, il bénéficiait d'un homme qui avait sans doute la voix la plus magnétique au monde avec Christopher Lee).

À aucun moment je ne fais de procès d'intention à ces films qui ne paraîtront pour la plupart que dans un certain temps. Tous peuvent avoir leur chance et pour être honnête, l'annonce de Godzilla nous avait fait peur jusqu'à ce qu'on découvre les premières images. Oui, même Michael Bay peut tirer son épingle du jeu avec Les Oiseaux. Il faudra juste admettre que ce ne sont pas les mêmes films. Mais si Hollywood continue à croire tel un La Bruyère que "tout a été dit et nous venons trop tard", alors des tonnes d'idées originales ne pourront jamais s'ouvrir au monde. Un grand classique n'est pas un mur que l'on ne peut franchir, mais un terreau dans lequel peuvent germer les idées de demain.

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