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Critique - Everything Everywhere All At Once, le chaos du multivers et l'amour familial

Par Morgan - Ephyrose
4 min 9 octobre 2022
Critique - Everything Everywhere All At Once, le chaos du multivers et l'amour familial
On a aimé
-Une création rempli d'idées visuelles
-Des personnages attachants
-Le retour des Daniels !
On n'a pas aimé
-On en voudrait presque plus, aller encore plus loin !

Après un premier OVNI élégamment nommé Swiss Army Man, les Frères Daniels remettent le couvert en voyant les choses en grand. En vraiment, vraiment, vraiment très grand.

Bienvenue dans le multivers, dans ses ramifications chaotiques et tout ce qui en découle. Bienvenue dans Everything Everywhere All At Once.

 

Le Résumé



L'histoire narrée est celle d'Evelyn, une quarantenaire gestionnaire d'une laverie, en plein drame existentiel et conflit familial.

Pourtant, si sa douleur ne cesse de croître au fond d'elle-même, elle est bien loin de s'imaginer qu'il n'y a pas qu'une seule Evelyn, et que d'autres univers cohabitent à ses côtés, à chaque instant de sa vie. En à peine un instant, sa vie est complètement chamboulée, son mari et sa fille ne sont plus les mêmes, et toutes ses certitudes s'envolent. Pire encore, une menace venue d'ailleurs pourrait bien détruire l'entièreté des univers existant, amenant le tout à devenir néant ! Il lui faudra alors combattre une horde d'ennemis grâce à ses pouvoirs acquis dans d'autres univers, afin de régler l'une des plus grandes menaces que le multivers n'ait jamais connu...

Notre avis


La nouvelle création explosive des Daniels est donc là, après une apparition tardive sur nos terres cinéphiles, et avec un succès au box-office sur le sol américain qui rassure quant à une chose : oui, il est toujours possible de concilier film d'auteur expérimental et blockbuster. Le film brasse très large en matière d'influence, entre ses thématiques lorgnant sur Matrix,et des échappées visuelles digne de l'esprit du réalisateur hong-kongais Wong Kar Wai.

Pourtant, il trouve sa propre tonalité, en étant une création OVNI effroyablement généreuse en contenu, avec une foule de scènes d'actions comiques et des accumulations d'effets de transition, rendant visuellement sensible l'effritement de la barrière entre les univers.

Car oui, Everything Everywhere All At Once parle d'une crise multiversielle à tout les niveaux, au point qu'Evelyn, au centre de ce chaos, sera alors en prise avec bien plus qu'une menace venue d'un autre monde. Toutes ses peurs et ses doutes sont confrontés à ces vies qu'elles auraient pu avoir, et la mettent à l'épreuve jusqu'à la dernière minute. En parallèle, elle ne cesse de se questionner :

- A-t-elle eu raison de suivre cette voie qui l'amène ici, en tant que gestionnaire d'une laverie, au côté de son mari qu'elle écoute à peine, et de sa fille qui peine à lui faire comprendre son coming out ?


Vous l'aurez compris, Evelyn vit une détérioration progressive de ses liens familiaux, au point de souffrir aussi du fossé générationnel qui se creuse face à son père, incapable de comprendre les mœurs contemporaines.


Bien au-delà de simplement nous proposer un film d'action comédie grand public gorgé d'idées visuelles à chaque plan, les Frères Daniels soignent leur sujet avec une sous-lecture des plus fascinantes : le chaos du multivers est une projection des peurs d'Evelyn face à une famille, à un monde qu'elle ne comprend plus. Les vies qu'elle entrevoit sont ces embranchements charniers que nous avons tous déjà vus et revus en boucle dans nos têtes, à se torturer sur comment auraient été nos vies si nos avions agit de telle autre manière.

Sa fille, devenue une menace mettant en branle la structure même du multivers peut être simplement ramené à la destruction des perspectives d'avenir que Evelyn mettait dans sa fille...avant d'apprendre son homosexualité. Mais loin d'être conservatrice, notre héroïne est surtout tiraillée entre ses traditions, symbolisées par son père vénérable, et son monde moderne qui tourne à toute allure.

Cette faille entre passé et présent est donc le terreau parfait pour les Daniels, qui interroge les rapports familiaux face à un gouffre générationnel qui ne cesse de grandir de plus en plus vite.

Les Daniels maîtrisent les codes du cinéma, et le démontrent avec maestria dans leur nouveau film, une création artistique de haute volée qui, loin de délivrer un festival de références indigeste, sait rester cohérent dans ses moments les plus chaotiques, et montre que l'amour dépasse toute notion de compréhension.

"L'amour a ses raisons que le multivers-même ignore."

Critique - Everything Everywhere All At Once, le chaos du multivers et l'amour familial