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Critique - Conan le Cimmérien - Les Clous Rouges (Hautière - Vatine - Cassegrain) : La fin d'une civilisation dans le sang et la fureur !

Par Sayozz - Simon
5 minutes 31 janvier 2022
Critique - Conan le Cimmérien - Les Clous Rouges (Hautière - Vatine - Cassegrain) : La fin d'une civilisation dans le sang et la fureur !
On a aimé
- Le dessin et les couleurs de Cassegrain
- L'atmosphère étrange du récit en huis clos qui s'éloigne des clichés de la fantasy
- Une adaptation fidèle au récit original
On n'a pas aimé
- Un design du barbare un peu commun
- On aurait pu envisager encore plus de noirceur dans le graphisme

Publiée en 1935 dans le magasine Weird Tales, « Les Clous Rouges » est sans doute l’une des nouvelles de Conan le barbare les plus réussies et qui traduit le plus la méfiance de son auteur Robert E. Howard face à la civilisation moderne. L’intrigue est d’autant plus plébiscitée par les fans qu’il s’agit de l’ultime aventure du barbare publiée. Weird Tales a d’ailleurs commencé la publication de l’histoire quelques jours après le suicide de l’auteur pour la terminer dans le numéro qui annonçait sa mort.

L’histoire avait déjà été magistralement adaptée en BD par Roy Thomas et Barry Windsor-Smith pour Marvel. Il me tardait donc de voir si la collection « Conan le Cimmérien » de Glénat adapterait cette nouvelle et surtout de quelle manière, et force est de constater que je n’ai pas été déçu !

Au delà du Darfar, dans une forêt tropicale jugée comme maudite, Conan suit la piste de Valéria l’impitoyable guerrière avec qui il a servi pour les mercenaires de Zarallo, plus intéressé par ces charmes que la récompense qu’elle représente pour avoir tué un membre de son escouade. A peine a-t-il retrouvé sa piste que les deux aventuriers sont attaqués par un dragon qui a dévoré leurs montures auparavant. Après une lutte acharnée, où la stratégie du Cimmérien vient à bout du monstre, la possibilité de croiser une de ses congénères oblige le duo à sortir de la forêt pour se réfugier dans une étrange citée de prime abord déserte. Ils tombent alors nez à nez avec un homme en proie aux attaques de plusieurs adversaires, auxquels ils vont prêter main forte. C’est à partir de ce moment qu’ils vont connaitre l’étrange histoire de la cité de Xuchotl et ces deux clans fratricides qui se livrent une vendetta meurtrière depuis des années au sein des murs de cette citée isolée au milieu de nulle part…

Le travail de Régis Hautière, Olivier Vatine et Didier Cassegrain sur l’adaptation est remarquable. En effet, la connaissance de la nouvelle et de son background leur permettent de conférer à la BD cette atmosphère étrange, malsaine qui se dégage des écrits d’Howard. L’intrigue des Clous Rouges est directement inspirée d’un village dans le Nouveau-Mexique coupé de tout où les habitants se sont massacrés les uns les autres.

Les auteurs ont donc donnés aux décors de la cité ce coté Aztèque / précolombien qui marche totalement et renforce la bizarrerie et la brutalité des actions qui y sont commises. Je n’ai d’ailleurs pas le souvenir d’avoir lu auparavant dans une BD sur le Cimmérien, des décors comme celui-ci ce qui est étonnant vu comme le mariage heroic-fantasy / art-aztèque fait mouche.

Pour les aficionados qui auront lu l’adaptation de Barry Windsor Smith, on se rend compte ici à quel point le détail sur les décors nourrit l’atmosphère encore plus dans cette nouvelle adaptation. Les détails sur les ornementations aztèques et les couleurs de Didiez Cassegrain (Carmen MC Callum - Code Mc Callum) directement à l’acrylique, pour chaque scène sont un régal pour l’oeil, et complètent directement le récit jusqu’à la scène finale: un carnage que Tarantino n’aurait pas renié… On se demande d'ailleurs après la lecture de l'ouvrage si un parti pris graphique encore plus sombre  n'aurait pas renforcé l'histoire et le propos...  Le découpage de Vatine (Aquablue) quand à lui est somme toute classique mais arrive à jouer avec le gaufrier pour alterner des vignettes tantôt petites et tantôt bien aérées que Cassegrain exploite efficacement avec ses détails et couleurs.

On pourrait éventuellement regretter le manque de prise de risque de Cassegrain quant à l’apparence de Conan, mais ce serait en comparaison directe avec certaines interprétations proposées au sein de la collection de Glénat, et pour le coup le physique du barbare fonctionne bien dans l’histoire racontée.

Il contraste directement avec les habitants de Xuchotl, peuple dégénéré d’une cité isolée sur le déclin, au même titre que celui de la guerrière Valéria. L’aventurière blonde justement qui n’est pas traitée directement comme le faire-valoir féminin, objet de désir interchangeable que les clichés sur les histoires de Conan véhiculent. Elle est féline et meurtrière et rembarre allègrement le barbare quand celui-ci lui fait des avances.

Récit cruel sanglant, Conan le Cimmérien : Les Clous Rouges est une adaptation particulièrement réussie qui fait honneur au récit original d’Howard. La narration est fluide, le dessin et les couleurs de Cassegrain magnifient le nihilisme de l’histoire: l’extinction d’un peuple dégénéré nourri depuis des générations par la haine l’isolement et la folie. Un must-have dans la collection de Glénat.

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