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Critique - La Dernière arche (Romain Benassaya) : L'auteur de Pyramides livre encore une fois un roman exceptionnel

Par Louis - CINAK
3 min 23 août 2021
Critique - La Dernière arche (Romain Benassaya) : L'auteur de Pyramides livre encore une fois un roman exceptionnel
On a aimé
- La construction des personnages
- Les univers qui s'enchâssent parfaitement
- Les références à Pyramides
On n'a pas aimé
- Rien à dire

Il existe, quelque part, un endroit qu'il faut protéger. Un fort. Des forces nombreuses et dangereuses, massées dans une forêt profonde, voudraient y pénétrer, atteindre ce qu'il abrite. Rien n'est plus important que de les en empêcher.

Romain Benassaya a de la suite dans les idées. En plus de nous avoir comblé avec Les Naufragés de Velloa en poche, il revient cette année avec La Dernière Arche, une fiction indépendante dans l’univers de Pyramides, l’un de ses plus gros succès, et je l’annonce de suite, c’est une pépite !

Shory est née en Mésopotamie ancienne et est sur le point d’être vendue comme esclave quand elle est sauvée in extremis par Atim. Ce dernier lui propose de changer de vie si seulement elle accepte de garder un fort dans une contrée lointaine. Shory accepte et rejoint alors une communauté de Vigiles, dans ce qu’ils appellent simplement « le Fort ». Elle est la troisième à arriver et possède donc le prestige associé. Dans cette communauté de près de 70 individus, toute une micro-société s’organise pour comprendre les installations technologiques (nettement supérieures à leur compréhension primaire) et survivre. En effet, le Fort est entouré d’une faune et d’une flore dangereuses qui n’ont de cesse de les menacer à chaque sortie pour explorer la zone. Certains Vigiles sont même morts, face aux créatures de la forêt, qui suscitent un profond malaise en chacun des Vigiles, comme si ces créatures n’étaient pas terrestres…

Quatorze ans plus tard, Shory est l’exploratrice en chef des Vigiles et est sans cesse attirée par la forêt et grâce aux combinaisons offertes par Atim (qui ne leur est jamais réapparus), elle cartographie sans cesse, tout en restant extrêmement prudente. Mais les Vigiles sont convaincus de ne pas être sur Terre. En effet, ils viennent tous d’époque différentes et l’environnement ne ressemble à aucun autre ! Depuis quatorze ans, ils gardent une salle sous scellée, où l’une des premières Vigiles a disparu mystérieusement. Les gardiens en ont presque une peur religieuse, comme si Atim avait châtié l’imprudente ! Cette peur instinctive de celui qu’ils considèrent presque comme un dieu est incarnée par Ascaline, la meilleure amie de Shory, et par la force des choses la biologiste de la communauté. On ne sait rien d’Atim : est-ce un dieu ? Un homme ? Un alien ? Romain Benassaya pose la question de la foi et de sa remise en question perpétuelle : A celui qui nous a offert une nouvelle vie, doit-on tout donner ?

Mais soudainement la routine habituelle est chamboulée : Lena arrive au Fort mais elle n’a jamais rencontré Atim et elle vient du 22ème siècle. Et elle souhaite y retourner pour s’occuper de sa fille mourante ! Elle n’a pas choisi de venir ici et son dernier souvenir est celui d’une femme blonde qui a essayé de la noyer alors qu’elle travaillait sur le projet Stern (le nom du projet du vaisseau de Pyramides !) et les pucerons génétiquement modifiés qui devaient faire partie du voyage (encore une référence à Pyramides !). Lena chamboule tout. Elle n’a que faire des mises en garde des Vigiles et décide de quitter le fort pour explorer la zone et trouver une sortie. Shory, inquiète, la rejoint et découvre alors que la forêt n’est pas seulement peuplée de dangers. Lena va montrer au Fort que la curiosité a du bon car elle permet de ne plus avoir peur de l’extérieur ! Pendant leur voyage, elles découvrent des tunnels peuplés de monstres et qui semblent mener à un ailleurs extrêmement dangereux. Alors, apprenant l’existence du tunnel gardé dans le Fort, Lena passe outre les ordres et y pénètre, entrainant par mégarde Ascaline et Shory avec elle.

Attention mini-spoil après les 100 premières pages (pour ceux qui ne sont pas déjà convaincus du potentiel de la Dernière Arche)

En traversant ces tunnels, les trois jeunes femmes vont découvrir l’Empire des Dix-Sept Perles : chaque tunnel conduit à un environnement différent (glacial, torride, océanique) contenu dans des kilomètres et des kilomètres de terre, le tout régenté par un empire situé dans la Perle centrale. Lena comprend vite que ces perles sont des mini-mondes enfermés dans un immense vaisseau et qu’ils doivent être l’œuvre du fameux Atim. On comprend alors mieux l’illustration de couverture qui n’aura de cesse de vous torturer l’esprit plus vous avancerez dans le roman.

Conçu comme un véritable thriller page-turner, La Dernière arche m’a stupéfié par l’ingéniosité de ses rebondissements et ses explications progressives du comportement de chaque espèce présente dans le vaisseau ou même des personnages. La question religieuse, l’isolement de ces micro-civilisations, les espèces potentiellement extra-terrestres, la tyrannie de l’empire, toutes ces interrogations sont fascinantes et admirablement amenées par Romain Benassaya.

Les personnages sont tous construits autour d’une idée et répondent à chacune des approches mises en avant par l’auteur : Shory est la curiosité intrinsèque à l’être humain (déjà évoqué dans Pyramides), Ascaline est la bienveillance et la peur religieuse, Lena est la volonté d’aller jusqu’au bout. Et quand on vient à en apprendre plus sur Atim et le vaisseau, on se prend à réfléchir sur l’avenir de l’humanité et notre place dans l’univers. Romain Benassaya réalise un vrai tour de force avec La Dernière Arche.

Par ailleurs, les fans de Pyramides seront ravis de voir apparaître des personnages et des éléments du précédent roman, mais je n’en révélerai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir.

La Dernière Arche est un livre complet. De l’action, des retournements de situation, une enquête à grande échelle, du sense of wonder et une véritable prise de recul sur l’intrigue et sur les personnages de plus en plus significative au fil des pages, en font un roman exceptionnel. L’auteur nous laisse imaginer un univers bien plus vaste, et que l’on pourrait peupler à l’envie. Un vrai phénomène de science-fiction.

Chez l’éditeur (Grand Format)

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