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Critique - Les Employés (Olga Ravn) : Un conte déroutant et addictif dans l'espace

Par Louis - CINAK
3 min 7 octobre 2021
Critique - Les Employés (Olga Ravn) : Un conte déroutant et addictif dans l'espace
On a aimé
- Les dépositions de quelques pages
- L'hommage aux grands cycles robotiques
On n'a pas aimé

Je ne suis qu’un ressemblant. Je ressemble à un humain et j’ai les sentiments d’un humain, je suis fait des mêmes éléments. Est-ce qu’il vous suffirait de changer mon statut dans vos papiers ? Puis-je devenir un humain, si vous me dénommez ainsi ?

Olga Ravn signe un nouvel ovni de la science-fiction chez Pocket. La jeune autrice et poétesse danoise n’en est pas à son premier roman, mais Les Employés est bien son premier roman traduit sous nos tropiques ! Et quel roman étrange ! Entre déposition à la police et conte dérangeant sur une expédition scientifique qui tourne mal, Olga Ravn nous sert un roman déroutant et addictif. 

Très loin dans les étoiles, des scientifiques humains ont découvert une planète, appelée la Nouvelle Découverte, qui contient de nombreux artefacts extra-terrestres. Les humains sont assistés par des ressemblants, des robots constitués de matériaux bio-organiques et qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à des humains. L’Etat qui a commandé cette expédition mène une série d’entretiens avec les habitants du vaisseau, afin de tester leur morale, loin de la Terre, et l’acclimatation des ressemblants avec les humains. Mais lentement mais sûrement, une certaine folie douce gagne l’équipage… Les artefacts aliens semblent produire des hallucinations collectives et poussent les robots à s’interroger sur leur existence. L’équipage va se retrouver englué dans une situation de dépendance totale qui pousse l’Etat à enquêter sur le vaisseau. 

Tout est déjà écrit. Dès la première déposition, on sent que la situation va mal tourner car elle nous met mal à l’aise avec cette attirance presque sexuelle de l’équipage envers les objets. Puis, l’autrice propose une lente descente aux enfers où les témoins ne semblent pas réaliser à quel point ils sont fous.

Les ressemblants sont particulièrement intéressants dans le roman. Sensés se rebooter chaque jour, les objets semblent les rendre dysfonctionnels aux yeux des humains car ils les surprennent à rêvasser et à se souvenir de pensées qui ne sont pas les leurs. Chaque déposition est l’occasion pour les humains et les ressemblants d’exprimer leur désir et leur peur. Les robots cherchent la reconnaissance de leur rôle et de leur existence. Tandis que les humains, eux, sont saisis d’une profonde nostalgie pour la Terre et leur famille. En cela, Olga Ravn aborde un sujet peu traité en science-fiction : la mélancolie et l’enfermement dans un huit-clos.

Le style de l’autrice sait se faire percutant et poétique selon le témoin. Le fait de n’apprendre aucun nom créé un sentiment d’irréalité et rappelle les ambiances totalitaires. En effet, certains personnages seront seulement présentés comme « pilote 4 » ou « cadet 16 », comme si la personnalité n’existait pas dans cette société du futur. Mais chassez quelque chose, et il revient au galop ! Par bien des aspects, Olga Ravn signe un hommage aux robots d’Asimov et aux androïdes Dickiens, car la question de la liberté de la conscience (des robots, et des humains d’ailleurs) est au cœur de ce récit haletant. Chaque déposition n’excédant pas 2 pages, notre esprit est happé par cette histoire qui se dévore en un ou deux jours ! Chapeau ! 

Les Employés d’Olga Ravn signe un conte étrange sur la folie, la conscience de l’existence et la rébellion face à un système qui cherche à éteindre la pensée et le rêve. Hommage aux grands noms de la science-fiction, Les Employés est un récit percutant, interrogateur et surtout poétique. Bravo !

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