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Lombres (China Miéville) : Un conte surréaliste pris de folie douce. On adore !

Par Louis - CINAK
3 min 3 septembre 2021
Lombres (China Miéville) : Un conte surréaliste pris de folie douce. On adore !
On a aimé
- Les dessins magnifiques de l'auteur
- Les dialogues so british
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A propos des girafes :  "Elles ont réussi leur coup. Faut croire que les gentils réfugiés qu’on voit dans les zoos sont des girafes normales. Et vous allez sûrement me dire que si elles ont des longs cous, c’est pour mieux atteindre les hautes branches ! Et pas pour secouer les cadavres sanguinolents de leurs victimes, c’est ça ?" 

China Miéville est l’un des auteurs les plus prolifiques de la décennie. Lauréat du World Fantasy Award et du Prix Hugo, il n’a plus rien à prouver ! Pilier du genre New Weird (mélange entre urban fantasy et surréalisme), il s’est lancé dans une aventure écologiste et fascinante avec Lombres au Diable Vauvert, le récit d’un Londres parallèle où toutes les choses perdues et oubliées se retrouvent…

Deeba et Zanna sont deux adolescentes londoniennes à la vie tranquille, jusqu’à ce que Zanna soit attaquée par un mystérieux nuage toxique et qu’une de ses camarades de classe soit blessée à sa place ! Puis, avec Deeba, elle découvre un passage menant à Lombres, le pendant merveilleux et surréaliste de leur Londres bien-aimée. Toutes les personnes perdues dans leur vie, tous les morts, tous les détritus se retrouvent à Lombres... Mais d’autres créatures merveilleuses y vivent, comme des chasseurs à tête en cage d’oiseau, des homards sur deux jambes, des bandes de détritus doués de conscience et s’organisant en gang… Et dans ce monde, le grand méchant s’incarne dans le Smog, une entité diabolique et ancienne qui fut autrefois le célèbre brouillard crée par les usines londoniennes à l’époque de la Révolution Industrielle ! Et apparemment Zanna est destinée à le vaincre, mais les deux jeunes filles n’ont qu’une seule envie c’est rentrer chez elles ! Et les personnes qu’elles rencontrent, aux allures loufoques, ne sont pas toujours de bons conseils, ou alors les prophéties sont vraiment, mais vraiment, absurdes !

Deeba et Zanna n’en revenaient pas. Les détritus se dirigeaient contre elles. Contre le vent. Quand les deux filles se mirent à reculer, les déchets donnèrent l’impression de comprendre leur intention. Ils accélèrent.

Zanna est la Shwazzy, l’Elue de Lombres, et elle se fait donc traquer par le Smog. La première partie de Lombres est donc le récit de la fuite des deux amies, l’occasion, pour nous lecteurs, d’explorer les recoins étranges de Lombres ! Certains quartiers sont réservés aux fantômes que personne ne comprend et dont tout le monde a peur. Tandis que d’autres sont construits en formes étranges et aux matériaux recyclés : il est courant d’avoir une fenêtre en hublot de lave-linge à Lombres… Les deux copines vont en baver au début, avant de rencontrer des habitants qui leur veulent du bien et qui souhaitent que Zanna réalise la prophétie de la Shwazzy ! Ce qui fait dire que le personnage de Deena, peu sûre d’elle, semble inutile au début du roman, avant de gagner en assurance et se forger une personnalité de fer quand elle s’impliquera dans le conflit, donnant à Lombres des goûts de roman d’apprentissage sans maître. Elle rebondit et répond aux événements, intrigues et retournements de situation avec de belles tournures et de très bonnes idées (délirantes évidemment), la rendant très attachante. 

Et enfin LE point fort de ce récit surréaliste de China Miéville est bien les dessins qui jalonnent le texte ! Il y en a presque toutes les deux pages et évitent que les descriptions absurdes et le ton surréaliste ne nous perdent. Comme les idées sont matérialisées par l’auteur lui-même dans un style « Alice au pays des Merveilles gothique », elles permettent à notre imagination de s’ancrer quelque part et d’appréhender en douceur l’univers délirant et étrange de l’auteur !

L’humour british est au rendez-vous avec soupirs, humours noirs, sarcasmes, haussements de sourcils et administratifs pépères perturbés, le tout appuyé par des dialogues rapides qui ne se perdent pas dans des explications. La lecture nous emporte là où le veut l’auteur, les explications viendront plus tard ou elles seront laissées à notre appréciation !

Tout cela mis bout-à-bout font de Lombres de China Miéville un conte charmeur à la folie douce, dont les dessins nous permettent d’entrevoir tout le génie délirant de l’œuvre. Lombres est un beau cadeau aux fans de Terry Pratchett, d’Alice aux pays des Merveilles… en fait à tous les fans de fantasy !

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