Critiques

Sea of Stars : Le plus moderne des RPG 16 bits !

Par Alex Moon
12 min 20 septembre 2023
Sea of Stars : Le plus moderne des RPG 16 bits !

Ces dernières années, le jeu de rôle tour-par-tour fait un retour timide, au milieu d’une avalanche d’action RPG, pour le bonheur de ses plus grands fans. On a ainsi pu voir émerger quelques petites pépites aux styles graphiques et aux inspirations aussi diverses que variées. Il convient de citer : Octopath Travelers, Battle Chasers Nightwar ou encore  Divinity Original Sin (que les nouveaux fans du C-RPG connaissent désormais grâce à Baldur’s Gate 3 !) Mais aussi des œuvres de studios plus petits, voire indépendants, tels que Cassette Beasts (un pokémon like), Light Fairytale ou Astria Ascending, pour n’en nommer que quelques-uns.

Pourtant, peu de titres ont osé s’inspirer de grands noms comme Mario RPG et Chrono Trigger par peur, peut-être, de n’offrir qu’une copie molle et sans saveurs de ces jeux fondateurs des années 90.

Au milieu de tout ça, Sea of Stars, développé par le studio québécois Sabotage, s’élève comme une véritable lettre d’amour au RPG old school.

Si vous pensiez que les jeux 16 bits étaient moches, que la fantasy resservait toujours les mêmes clichés et que les combats au tour-par-tour étaient ennuyeux, préparez vous à êtres surpris !

Une histoire stellaire

Tout commence sur l’île d'Éterbrume avec Valere et Zale, deux enfants du solstice, touchés par la grâce du pouvoir de la lune et du soleil. Comme tous les autres nés lors d’un solstice avant eux, leur destin est de protéger le monde en combattant les hôtes, des monstres qui ne peuvent être éliminés que durant une éclipse. Reliquats du passage du Fleshmancer, un sorcier aussi puissant que cruel, les hôtes ne peuvent être ignorés car ils risquent de se transformer en dévoreurs de monde, entraînant la planète entière dans la destruction.

Aidés de leur meilleur ami Garl, qui n’a pas de pouvoir mais un courage aussi grand que son cœur, ils vont se lancer dans un périple bien plus vaste et bien plus complexe que tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Étayé par la rencontre de protagonistes variés, originaux et bien écrits, leur voyage sera aussi épique que fabuleux. Car si vous avez là une base de scénario assez classique, attendez vous à de nombreuses surprises. C'est là le premier talent de Sea of Stars : sa capacité à surprendre le joueur là où il ne s’y attend pas. Et c’est loin d’être le seul.

Un hommage innovant !

Outre son scénario riche en rebondissements et qui vous tiendra en haleine durant presque 30 heures en ligne droite (et bien plus si vous cherchez à aller au bout de toutes les quêtes annexes et secrets) il faut compter sur ses graphismes. S’ils sont sublimes lors des scènes cinématiques, dignes d’un animé, ils n’en restent pas moins exceptionnels lors des séquences de jeu, et ce, même en ayant fait le choix d’opter pour un style 16 bits, proche des Suikoden et autres Final Fantasy VI. Les animations sont loin d’être en reste, avec une fluidité et une qualité exceptionnelles, aussi bien durant les combats que dans les phases d’exploration.

Les combats d’ailleurs, parlons-en ! Si beaucoup reprochent au tour-par-tour une dimension trop stratégique et peu réaliste (l’effet : Je vais te taper/À toi/À moi…) il est ici enrichi d’un système de touches à presser en rythme ou à maintenir, qui octroient des attaques supplémentaires, dynamisant le tout et le rendant bien plus technique. Une innovation inspirée du Super Mario RPG de 1996, qui gagne en flexibilité et en attrait grâce à des variations de rythme en fonction des attaques et des personnages. La méthode est aussi utilisée en défense : lorsqu’un héros reçoit une attaque, appuyer sur le bouton d’action au moment de l’impact permet de parer et donc de réduire les dégâts subis.
Les systèmes de combos et de verrous, quant à eux, se base sur les éléments et jouent à la fois le rôle de force et de faiblesse des ennemis (un adversaire sensible à la lune subira plus de dégâts face aux attaques magiques de Valere par exemple) mais permettent aussi d’annuler certaines attaques spéciales des ennemis. Dans ces phases-là, une série de symboles, le verrou, s’affiche au-dessus de l’attaquant et il faut user de coups liés aux même symboles (épée pour les attaques tranchantes, soleil pour la magie de Zale… etc) jusqu’à les faire tous disparaître. Si durant les premières heures de jeu certaines combinaisons paraissent impossibles à réaliser dans le nombre de tours requis, au fur et à mesure que les personnages progressent, et avec eux la maîtrise du joueur, de nouvelles techniques vont faire leur apparition. Ces combos, qui sont liés à une jauge dont le remplissage va de paire avec les parades et attaques synchronisées, permet de combiner deux attaques de personnages différents. Une autre manière de jouer sur les faiblesses et de faire sauter les attaques verrous des ennemis, qui demandera un soupçon de stratégie et d’anticipation, ainsi qu'une excellente gestion des points de magie.

Et si tout ceci vous semble compliqué, pas de panique ! Le jeu possède aussi de nombreuses options d’accessibilités, comme la possibilité de se soigner entre chaque combat, activable sans que cela ne nuise à la progression ou ne vous prive de certaines quêtes et succès.

Un jeu travaillé dans les moindres détails.

Si le studio Sabotage a apporté un soin tout particulier aux graphismes, au gameplay, à l’histoire et au level design, ils n’ont pas non plus oublié la musique. Composée par Eric W. Brown, Yasunori Mitsuda (connu pour avoir composé celles de Chrono trigger et Chrono Cross) et Vincent Jake Jones, et interprétée par Reece Miller, il s’agit-là d’un véritable bonbon pour les oreilles ! 

Chaque lieu possède bien évidemment son propre thème musical, dont les instruments et les sonorités collent toujours parfaitement à l’ambiance. Le petit plus vient de l’aspect évolutif de la musique. En effet, chaque boucle musicale se voit changer de ton, de dynamique voir d’instrument en fonction du jour ou de la nuit (un paramètre important du jeu) mais aussi lorsque les combats se déclenchent. Tout ça de façon naturelle, sans coupe. Une technique déjà entendue lors des combats de Final Fantasy VII Remake, mais bien mieux exploitée ici.

Le soin est porté jusque dans les effets sonores, qu’il s’agisse du son produit par les pas des héros (8 tonalités différentes en fonction du sol) aux cris des ennemis, en passant par les marqueurs sonores des attaques ou de l’utilisation d’objets.

Vous reprendrez bien un peu de Zelda avec votre Final Fantasy ?

Contrairement à beaucoup de RPG, Sea of Stars ne se contente pas d’alterner phases d’exploration, dialogues et combats mais propose aussi un véritable duo d’aventure/énigmes, proche d’un metroidvania ou… d’un Zelda ! Car comme dans le titre de Nintendo l’obtention de nouveaux pouvoirs permet de revenir dans des zones précédemment explorées afin de débloquer des chemins auparavant inaccessibles, offrant de nouvelles quêtes et secrets à découvrir. Rapidement explorable de manière libre, la carte du monde vous invite ainsi à revenir sur vos pas, à percer le mystère de ces mystérieux cristaux vu quelques heures auparavant ou à chercher comment atteindre ce coffre inaccessible jusqu’alors. Et pour éviter de vous infliger des trajets trop longs, certaines zones vous offrent même des raccourcis reliant les différents lieux, pour peu que vous réussissiez à les débusquer. Ce n’est certes pas du niveau de ce que propose un jeu comme Bloodborne en matière de level design, mais l’initiative est suffisamment rare dans un RPG pour être notée.

Une bonne surprise également au sujet des objets clés. Si habituellement ces derniers se limitent à permettre l’ouverture d’une porte ou la résolution d’une quête, puis n’ont plus d’autre utilité que de servir de trophées dans l’inventaire des héros, leur utilisation est beaucoup plus intelligente ici. Dans un souci de cohérence, chaque objet a son importance et dans certains cas les héros auront même l’idée de les réutiliser. Comprenez que si un marteau vous à permis de sonner une cloche, les personnages penseront à le ressortir pour briser un sceau par exemple. Malin.

Un océan de bonnes surprises.

Avec Sea of Stars, les québécois de chez Sabotage sont parvenus à cocher toutes les cases : Le jeu est magnifique, sans s'encombrer d’une débauche de textures et d’effets. Si ses couleurs sublimes et son scénario plein de bons sentiments peuvent laisser croire à une certaine naïveté, il n’en est rien. L’histoire se montre parfois dramatique en plus d’être pleines de surprises et il est difficile de ne pas s’attacher aux différents protagonistes. Capable de rappeler la fantasy rêveuse et poignante de Final Fantasy IX, avec une modernité de ton et une façon de jouer avec les clichés du genre plus proche d’un Tales of Arise.

Sea of Stars est une aventure longue, passionnante, à la fois drôle et touchante. Et une véritable réussite quand il s’agit de s’inspirer des RPG au tour-par-tour de la grande époque sans tomber dans la parodie ou la redite.

Le jeu est inclus à l’abonnement au Gamepass des joueurs Xbox et PC, mais également disponibles sur les magasins en ligne de Steam, du Nintendo eshop et du Playstation Store.