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Critique - Skyward T.1 Vers les étoiles (Brandon Sanderson) : De l'importance des champignons

Par Mathieu - Matiou
3 min 24 novembre 2021
Critique - Skyward T.1 Vers les étoiles (Brandon Sanderson) : De l'importance des champignons
On a aimé
- Le personnage de Spensa qui me rappelle Vin et Shallan
- La continuation des grands thèmes de prédilection de l’auteur
- Le système de pilotage voulu le plus réaliste possible
- Des mystères non résolues qui donnent envie de lire la suite !
On n'a pas aimé
-…mais certains personnages sont laissés de côté
- Une histoire « jeune adulte » classique

Les gens ont besoin d’histoires, mon enfant. Elles nous donnent de l’espoir, et cet espoir là est réel. SI c’est le cas, quelle importance que ceux dont elles parlent aient vraiment existé ? 

 

Brandon Sanderson est un auteur prolifique et il nous présente ici sa première oeuvre dans le genre du space-opera. Skyward raconte l'histoire de l'humaine Spensa Nightshade du clan des Motorskaps vivant sur une planète post-apocalyptique, abreuvée d'histoires de Conan, Beowulf et Sun Tzu. L'humanité survit tant bien que mal sous la terre grâce aux pilotes de la FDR se défendant coûte que coûte face aux attaques des Krell. Deux livres sont déja sorties, un troisième va bientôt être traduit dans la langue de Molière et des nouvelles inter-livres permettent de prolonger cet univers. Regardons vers les étoiles et partons à la recherche des champignons ! 

Les œuvres de Brandon Sanderson en fantasy sont une de mes lectures favorites, je me fit donc un devoir de lire sa nouvelle saga et d’autant plus dans un autre genre de l’imaginaire, la science-fiction, que j’affectionne tant. Je suis un passionné de world-building, de narration dense, poétique, profonde et mêlant plusieurs réflexions. La science-fiction, dans ses multiples sous-genres m'a ébloui depuis des années lumières maintenant, cela explique pourquoi le résumé de la quatrième de couverture m'a paru d'un classicisme dans le genre du space-opera et/ou du planet-opera mais j’ai néanmoins voulu donner une chance à un auteur que j’apprécie tout particulièrement pour son côté architecte d’univers et par sa propension à créer de magnifiques personnages. J’ai donc voulu passer outre ma première impression et j’en ressors finalement surpris à bien des égards !

 

Anecdote 1 : Nightshade et homonymie

Le nom de famille de l’héroïne Spensa, Nightshade, rappelle le nom anglais de la morelle noire (Solanum nigrum) de la famille des Solanacées. La morelle noire fait partie du vaste et important genre Solanum mais elle est aussi toxique et indésirable dans certaines cultures végétales.

 

« Vers les Etoiles », le Livre 1 de la saga Skyward (en anglais Claim the Stars) est écrit par Brandon Sanderson et publié le 6 novembre 2018 aux Etats-Unis (et autres pays anglophones), le 7 octobre 2020 en France aux éditions Le Livre de Poche et traduit par la fidèle et excellente traductrice Mélanie Fazi. Le petit pavé d’à peu près 700 pages se découpe en cinq parties, une manie de Mr Sanderson. Les couvertures anglaises, états-uniennes et la française sont toutes belles à leurs façons mais ma préférence va pour l’anglaise pour son cadre et le style graphique. Alain Brion a néanmoins livré une œuvre à part entière et nous avons la chance d’avoir une belle couverture pour la traduction française. Les illustrations de première de couverture dans les genres de l’imaginaire sont des œuvres d’art, c’est pourquoi je pense cela important de citer ici les auteurs de ces fresques. Spensa nous regarde dans la couverture originale tandis qu’elle veut conquérir les étoiles dans l’anglaise et la française. Toutes les couvertures insistent néanmoins sur le trou de vision sur l’espace, un passage vers un autre horizon agrandi et déstabilisante.

Ecoute les étoiles. Imagine-toi en train de voler 

Nous suivons ainsi l’histoire de Spensa Nightshade, une jeune adolescente qui vit à Magmatique avec sa mère et sa grand-mère. Magmatique qui est une gigantesque caverne industrielle et qui constitue l’un des derniers refuges de l’Humanité harcelé par les attaques incessantes d’un peuple extraterrestre belliqueux, les Krells qui transpercent la Zone Orbitale de débris chaotiques qui fait de la planète Détritus une sphère toute sauf chaleureuse, où il est très rare de pouvoir apprécier la brillance des étoiles. Spensa est déchirée par son héritage familial et sa volonté de devenir pilote. Elle veut une nouvelle vie que certains lui refusent. Elle veut en finir de chasser des rats des cavernes et elle veut par-dessus tout en savoir plus sur certaines actions de son père. Skyward est l’histoire de Spensa la guerrière inspirée par les histoires de l’Ancienne Terre qui cherche à s’émanciper des contraintes de l’héritage et de l’inertie.

 

Quand un héritage devient une boite plutôt qu’une inspiration, c’est allé trop loin.

Ce roman est centré sur Spensa et cela se ressent sur la petite place prise dans le récit par les autres personnages, dont sa famille, les pilotes de la Flotte de Défense Rebelle et autres figures du récit. Ils sont là pour mettre en valeur Spensa et il est parfois dommage de survoler aussi vite des bribes d'histoires personnels. Une narration à un seul point de vue permet une linéarité de lecture mais j'ai eu quelques pincements au coeur pour certaines fugaces destinées.

Le principal argument de la maison d’édition de la version originale est de découvrir la première entrée en science-fiction de Brandon Sanderson et en effet l’argument a fait mouche malgré mes doutes. Cette entrée est selon moi une oscillation entre plusieurs sous-genres de la SF : du planet-opera avec Détritus au centre de l’intrigue, du space-opera avec les Krells et l’échelle galactique que nous pouvons soupçonner, de la hard-science-fiction grâce au système de pilotage intégrant les notions de force g, les vitesses Mach par rapport à celle du son ou encore le système d’armements des vaisseaux et un autre sous-genre que je ne dévoilerais pas. Cette oscillation est plaisante car elle est douce et bien construite. Je voulais parfois en savoir plus et me plonger plus profondément dans le thème mais j’en demande parfois trop à une œuvre et surtout à une que j’apprécie...

 

Anecdote 2 : Géographie physique et politique autour d’Alta.

Le cartographe Isaac Stewart de la saga Skyward est le même que celui des Fils-des-Brumes et de Roshar. 

Brandon Sanderson est un auteur loquace et bavard pour parler de ses livres et de ses inspirations. Top Gun, How to Train Your Dragon (la saga Dragons en francophonie) et son rêve de devenir un jour écrivain ont été ses inspirations pour ce roman. Cette chronique n’est pas le lieu de divulgâcher quoique soit, je vous laisserais donc le loisir exquis de découvrir le comment du pourquoi de ses inspirations.

J’ai pour ma part repérer quelques inspirations et dettes littéraires de Brandon Sanderson. Je perçois ainsi l’héritage d’un Dune et surtout de La Stratégie Ender d’Orson Scott Card. L’auteur a même choisi son camp entre la « distorsion » et « l’hyperespace » et ce n’est pas rien ! Ce premier roman est une nouvelle entrée dans le genre du « merveilleux scientifique » et des voyages extraordinaires, il est à la fois un roman classique de « jeune adulte » dans le sens où il coche presque toutes les cases des grands thèmes de ce genre (l’amitié, être en désaccord avec l’autorité, intérêt pour l’autre sexe, la question de survivre, relations conflictuelles avec les parents, la vie à l’école, comment se comporter face à la mort, la recherche d’une identité et de l’émancipation, etc.) et un roman qui a le défaut d’être le premier tome qui ne peut tout dévoiler. Mr Sanderson l’a compris en posant ici et là quelques indices sur la suite de l’histoire.

 

Anecdote 3 : A la recherche des novum.

La quantité de novum (nouveaux termes inventés par les auteurs-ices) est faible mais ceux inventés sont intéressant comme par exemple la lumiligne et la lumilance.

 

« Vers les Etoiles » est un planet-opera classique et un roman « jeune adulte » tout ce qu’il y a de plus direct et accrocheur. La narration de Sanderson permet du très bon foreshadowing et l’architecte sait toujours autant construire son monde, mais avec tout de même moins de densité et de complexité que d’habitude. L’histoire est fluide et passionnante car l’auteur fait de la répétition conceptuelle de ses grands thèmes qui sont la recherche d’un passé oublié et les apparences trompeuses. J’ai été plus que ravi de lire ce roman d’un auteur qui décidément ne me déçoit pas et mes doutes ont définitivement disparu à tel point que j’ai fini la lecture du tome 2 qui tient ses promesses. La science-fiction n’a pas fini d’être en mode « on ».

Chez l'éditeur

Où le trouver

Crédits de la couverture française : Alain Brion

Crédits de la couverture anglaise : Sam Green

Crédits de la couverture états-unienne : Charlie Bowater

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