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Critique - The Reckoners T.3 Calamité (Brandon Sanderson) : Fin d'idylle dans la Cité Salifère Ambulante

Par Mathieu - Matiou
3 min 24 mai 2022
Critique - The Reckoners T.3 Calamité (Brandon Sanderson) : Fin d'idylle dans la Cité Salifère Ambulante
On a aimé
- La ville d'Ildithia
- Les thèmes récurrents de Brandon Sanderson
- Le personnage de David Charleston
On n'a pas aimé

Pérégrination Sandersonnienne #6 Une fin de voyage pour la Trilogie Archipélagique Métropolitaine Post-Apocalyptique de Brandon Sanderson

Ildithia succède à Newcago et Babilar qui titillaient déjà nos imaginaires et le sens du merveilleux post-apocalyptique. Brandon Sanderson étend l’intrigue et l’univers des Epiques avec une très bonne pincée de sel. L’histoire prend place dans un nouveau super-lieu, les relations entre les personnages s’intensifient, les révélations traversent les dimensions et l’atmosphère, les drones sont de sorties, un golem se réveille, un Prof devient tyrannique et la cohérence d’Acier se renforce. Ce troisième livre est une belle révérence et un renouveau au sein de cette saga. Des dimensions sont ouvertes et des mystères sont éclaircies tandis que d’autres restent dans l’ombre. 

 

Alerte divulgâchage ! Cette chronique dévoilera quelques éléments du Livre 1 Cœur d’Acier ! Soyez prévenu.

La chronique du Livre 1 est à retrouver ici !

La chronique du Livre 2 est à retrouver ici !

 

Zodanga et les Locomopoles ne sont pas faites de sel mais sont du même gabarit qu’Ildithia. Celle-ci ne repousse pas les humains, au contraire des Villes Vivantes de Greg Bear [Strength of Stones], se déplace plus rapidement que la ville de Kiruna [Lycka till !] et n’a pas besoin d’une Guilde des voies pour avancer [Le Monde Inverti de Christopher Priest]. Nous pouvons néanmoins légitimement nous demander quel est donc son Optimum…

 

Réglements de compte à Atlanta

La lutte contre les Epiques ne s’arrêtent pas. Regalia est tombé et Calamité est toujours l’entité surplombant l’humanité agonisante mais néanmoins survivante et résiliente. La ville d’Ildithia en est un symbole tout trouvé. Cette ville faite de sel se déplace tel un tapis roulant depuis des années en laissant derrière elle des débris et des refuges. La ville a son propre cycle de construction et de destruction. Tout se remodèle et se désagrège dans un cycle salin urbain éphémère. Le Phénix d'Atlanta se réveille de sa léthargie logotypique et devient un au-delà métaphorique du sel, le sédiment marin rabâcheur de l'immortalité citadine. L’imagerie et l’imaginaire d’Ildithia parfume ce roman d'une douce mélancolie post-transgression.

 

« Pour l’heure, le sud de la ville doit en être à cinq. - … cinq ? – Cinq jours depuis qu’il a poussé, précisa-t-elle. Encore deux jours avant que les gratte-ciels ne se dégradent. »

« Ildithia se déplaçait, mais pas sur des jambes ni des roues. Elle avançait comme

de la moisissure progressant sur une tartine abandonnée. »

 

Les bâtiments ont une durée de vie plus ou moins courte selon le bon vouloir d’Ildithia. La ville se transforme continuellement, des cycles se font et se défont dans une ambiance de fin du monde perpétuelle. Ildithia était Atlanta, une des grandes cités des Etats-Unis d’aujourd’hui, comme Chicago et New-York City. Ces trois villes représentent des phares dans la nuit, des lucioles dans les forêts sombres, des lumières dans les cavernes des Tunneliers Fous. Atlanta est la ville de naissance de Martin Luther King, un grand hub aéroportuaire et le centre mondial de Coca-Cola (#Tia). Ville du mouvement et du changement, Atlanta est la nouvelle Zodanga ravitaillé par des champs en périphérie arrosés par les pluies divines de Rafale tandis que l’Epique Persistance, manipulatrice du temps, dirige la compagnie des négociants nomades UTC permettant ainsi à Ildithia de rester un centre attractif au sein de cette idéogéographie fracturée. 

 

Atlanta a eu plusieurs toponymes tout au long de son histoire : le Fort Peachtree, la première installation de colons à la frontière des territoires natives creeks et cherokees ; Terminus, le hub ferroviaire et Marthasville (Why did you say that name ?)

La Tour Pointue de Westin Peachtree Plaza avec son restaurant Sun Dial mérite la visite rien que pour le panorama (n’oubliez pas votre parachute)

 

Toujours plus d'Epiques !

Environ une quinzaine d’Epiques se sont donnés le mot pour se rassembler à Ildithia. Une crise urbaine fracture la ville au début du récit. La ville est devenue le repaire de clans (Inkom, Barchin, le Clan de la Raie, les Cous-Tordus) et le lieu de tous les dangers. Le confort des archétypes et l’originalité des ambiances sont les maitres mots de ce troisième livre. Le panthéon est fourni et révélateur des mécanismes de la narration. Des Epiques des livres d’avant sont de retour tandis que les nouveaux sont éloquents et bavards. Le chapardage et la tyrannie sont les fondations de ce nouvel environnement délétère.

 

La Lutte des Redresseurs fait écho à des thématiques chères à l’auteur : la lutte contre l’oppression et les soulèvements des ghettos : les clans d’Ildithia sont un archétype trans-dimensionnel sandersonien des ghettos idriens d’Hallandren et des ghettos skaa de Luthadel.

Retrouvez mon ouvrage « Une Histoire Populaire du Cosmère et autres Royaumes Vol.1 » aux Editions du Cherche Minuit à Silverlight. Demandez à Khriss, elle s’y connait.  

 

Brandon Sanderson adore les trous de vers et ce troisième livre n’échappe pas lui aussi à quelques soubresauts quantiques entre les dimensions. Décidemment avide de passages entre les royaumes, sa bibliographie pourrait aisément se résumer à « Histoires des Soulèvements des classes opprimés transdimensionelles ». Les Redresseurs me font irrémédiablement penser aux skaa, idriens, parshendis et aux elantriens post-reod tandis que les Epiques me rappelle évidement les Rappelés d’Hallendren et les Hérauts de Roshar. D’importantes révélations sont inscrites dans ce roman toujours aussi énergique et David Charleston n’abandonne pas sa quête de soigner le mal et la noirceur des Epiques. David le Mythologue continue sa quête d’une plus juste compréhension de la mécanique des cauchemars, les noirceurs profondément ancrées dans chaque âme d’Epique, jusqu’à rejoindre Thomas Pesquet en orbite géostationnaire. David Charleston croit dur comme de l’Acier à la bienveillance sous-jacente de ces nouveaux « dieux » et rien ni personne ne pourra lui enlever sa foi. Quoiqu’en dise David, la croyance des Fidèles ne serait pas si vaine et dénuée d’espoir…

 

Plus de soixante-dix Epiques sont présents ou mentionnés depuis le premier livre dont voici un petit échantillon : Abolition, Activision Blizzard (en voie d'être racheté dans un univers parallèle), Chapardeur, Hélium, Hiatus (à tes souhaits !), Ligne de Faille, Mitose, La Rose Gracieuse, Le Terrassier, etc. Ne parlez pas de Détonation à Abraham et faites attention à ne pas vous perdre dans le labyrinthe souterrain des Tunneliers Fous….

 

Cette trilogie est une véritable bonne découverte littéraire d’un auteur que j’apprécie tant. La personnalité de David, sa relation avec les autres Redresseurs, les villes épiques post-apocalyptiques et le panthéon des Epiques sont les plus beaux atouts de cette saga. N’hésitez pas un seul instant car le voyage en vaut la peine. Lux, la ville volante du Texas (et ce n'est pas grâce à la cavorite) sera peut-être votre prochain arrêt bucolique dans ces Etats-Fracturés où il fait bon vivre (non). Ce voyage était un merveilleux rêve, une merveilleuse nuit fracturée, une longue traversée mad-maxienne, une errance amoureuse non dénuée de sens et une formidable percée dans une géographie crépusculaire post-effondrement et archipélagique possédant une certaine cohérence thématique. « Il y aura des héros, vous verrez bien. »

 

« Dans les airs, j’étais à peu près aussi adroit que dix-sept vieux morses en train d’essayer de jongler avec des espadons vivants. »

 

Calamité (The Reckoners : Calamity, Livre 3) de Brandon Sanderson (2016 en VO, 2018 en VF, Le Livre de Poche) ; traduction de Mélanie Fazi, la Première, la Guide kadathienne du Jardin des Silences. Malicieusement vôtre.

Chez l'Editeur (Le Livre de Poche)

Où le trouver

Site personnel de Brandon Sanderson

Site personnel de Mélanie Fazi

C'est quoi un Archipel Métropolitain/Mégalopolitain Mondial (AMM) ? [Olivier Dolfus]

Couverture France : Alain Brion (Les Archives de Roshar, Skyward)

Couverture USA : Craig Shields (Delacorte Press)

Couverture UK : Sam Green (Gollancz) (Cosmère, Skyward)

Couverture Brésil : Barry Blackenship (ALEPH)

Références :

Zodanga : ville mobile du Cycle de Mars (John Carter) de Edgar Rice Burroughs

Les Locomopoles du livre Mortal Engines (Mécaniques Fatales) de Philip Reeve

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