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Critique - Nouvelle Lune T.1 (Ian McDonald) : entre space-opéra et far-west

Par Richard Lecastor
3 min 1 décembre 2021
Critique - Nouvelle Lune T.1 (Ian McDonald) : entre space-opéra et far-west
On a aimé
- Le rythme du récit et les nombreux rebondissements.
- L'évolution de la société proposée par l'auteur.
- Les nombreux clins d'œil aux autres œuvres de la SF.
On n'a pas aimé
- Le vocabulaire propre au roman

 Il n’y a pas de lois sur la Lune, rien que le consensus, et le consensus proscrit les armes à projectiles. Les balles sont incompatibles avec les environnements pressurisés et les mécanismes complexes. Couteaux, gourdins, garrots, machines subtiles et poisons lents, petits assassins biologiques comme les affectionnent les Asamoah : tels sont les instruments de la violence. 

Ian McDonald  publie, dès la fin des années 80, plusieurs nouvelles, dont Desolation Road avec laquelle il obtient le prix Locus du meilleur premier roman en 1989. Sorti en France en 2017 chez Denoël dans la collection Lunes d’Encre, puis en 2019 réédité au format poche chez Folio SF, Luna raconte la lutte de 5 familles dans un Far West lunaire où tout se règle selon la loi du plus fort. Oubliez les armes à feu. Les couteaux et les poisons font de vrais ravages. Ian McDonald pose une unique question : Quelle famille remportera la mise ?

En 2103, la lune a été colonisée par des entreprises privées et 5 grandes familles, appelées Dragon, s’y partagent le pouvoir. Chacune a sa spécialité de l’extraction de l’hélium ou du métal, en passant par les technologies de pointe, l'agriculture et le transport. Chaque entreprise possède le monopole sur un secteur clef de l’économie lunaire et terrestre, et la Lune est devenue le nouveau Far West. Adriana Corta est la plus récente des dirigeants des 5 dragons. Partie de rien, elle a fondé Corta-Hélio spécialisée dans l’extraction de l’hélium 3 mais sa réussite ne s’est pas faite sans de nombreux ennemis. Alors que sa santé décline, elle entreprend de léguer son empire à ses enfants, mais un évènement inattendu vient rebattre les cartes.

L’histoire suit principalement les membres de la famille Corta, Adriana la matriarche et fondatrice de l’entreprise Corta-Hélio ainsi que ces enfants (Rafael, Lucas, Ariel…) et petit-enfant (Lucasinho). C’est donc une pléiade de personnages que l’on découvre, des plus attachants au plus énervants. Ils forment une famille soudée, dans laquelle chacun à sa place et son caractère propre mais tous sont prêts à se battre pour Corta-Hélio.

On suit également Marina, une terrienne fraichement débarquée sur la Lune, qui peine à trouver sa place dans ce nouveau monde malgré ses diplômes et compétences professionnelles. Lors d’une fête donnée en l’honneur de Lucasinho, Marina déjoue involontairement une tentative d’assassinat sur un des membres de la famille Corta ce qui propulse sa carrière au sein de Corta-Hélio.

Si vous aimez les intrigues politiques, les trahisons et les retournements de situation vous allez adorer ce livre. Imaginez un monde, où tous les coups sont permis, où tout se vend et tout s’achète jusqu’aux minéraux contenus dans votre corps. Cette histoire est un mélange de plusieurs grands styles de la science-fiction, sans être uniquement un planet-opera, il reprend certains codes de la Hard SF. Si bien, que l’on comprend rapidement le fonctionnement de la colonie ainsi que les dangers d’une vie sur un monde privé d’oxygène. Dans un monde post-pétrole, l’hélium 3 extrait par Corta-Hélio est devenu indispensable à l’économie de l’univers. L'accès et la gestion des ressources minières est donc le fil rouge de l'œuvre. Ce qui pose la question de comment l'empire Corta-Hélio s'est-il créé et enrichi ! 

Le début du roman peut paraitre compliqué pour certains lecteurs, puisque l’auteur utilise de nombreux mots portugais ou coréen (oko, madrinha, Bu-hwaejang, etc) dont l’ensemble est résumé dans un glossaire à la fin du roman. L’ajout d’un tel vocabulaire n’est pas superflu, puisqu’il permet d’expliquer de nouveaux concepts technologiques ou sociologiques afin de s’immerger rapidement dans le récit. Le nombre de personnage peut être également déconcertant pour certains, l’auteur a cependant ajouté au début du roman la liste de tous les personnages et leur ascendance, rendant ainsi la lecture plus fluide. Finalement, c’est le rythme et les différents rebondissements qui donnent tous son charme à Luna !

Le style est simple mais efficace, il nous tient en haleine tout au long du roman, avec une fin explosive. Dans ce 1er tome, j'ai retrouvé de nombreux clins d'œil aux grandes œuvres de la science-fiction, tel un parfait équilibre entre les romans de Kim Stanley-Robinson et ceux de Georges R. R. Martin. J'ai particulièrement apprécié la liste détaillée de tous les protagonistes ainsi que leur ascendance. Cela permet de suivre facilement le récit et de comprendre les relations entre les différents personnages et les grandes familles. J’ai également apprécié le développement de certains protagonistes (Lucas et son fils Lucasinho), ainsi que l’évolution de la société proposée par Ian McDonald. En 100 ans, la société a bien changé, des mariages, à l’adultère, en passant par une sexualité hyper ouverte, sur la Lune qu’il soit question de commerce ou de relation sentimentale, tout est négocié et négociable.

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