Critiques

Watchmen, l'œuvre phare de Alan Moore est-elle toujours pertinente ?

Par Morgan - Ephyrose
3 min 17 octobre 2022
Watchmen, l'œuvre phare de Alan Moore est-elle toujours pertinente ?
On a aimé
- Une narration maitrisée
-Des personnages iconiques
On n'a pas aimé
- Un final qui divise les foules
- un style graphique qui peut rebuter

Aurdjou'hui, chez Syfantasy, on a eu envie de revenir sur un classique absolu des comics américains : Watchmen. Si tout semble avoir déjà été dit et analysé sur ce monument, nous allons quand même revenir sur quelques éléments clés afin de mieux cerner pourquoi, encore aujourd'hui, Watchmen redéfinit le medium ! En espérant que cette analyse vous plaira...

Notre analyse (et avis!)

Dire qu'on a pas lu le comics Watchmen, c'est une chose. Mais dire qu'on ne prévoit pas de le lire dans les jours suivant la découverte de son existence, c'est un crime que ce bon vieux Rorschach se ferait un plaisir malsain de régler à sa manière.

Car Watchmen, nimbé de son halo de roman graphique absolu, référence maîtresse du célébre Alan Moore, est une bible à mettre entre les mains de la Terre entière, disons le franchement.

Pourtant le trait vieillot, voire kistch, digne d'un âge d'or des comics révolu, peut rebuter celui ou celle désirant attaquer les quelques 400 pages de l'impressionnante intégrale parue sur nos contrées. Mais soyez rassurés, car c'est avant tout sur la mise en case et sur la composition soignée que l'œil néophyte devra s'attarder s'il désire obtenir un fragment de réponse quant au succès mondial de Watchmen.

Se répondant entre elles avec une cohérence et un sens du rythme novateur pour son temps, les cases s'enchaînent à merveille, en étant pourtant entrecoupées de lourdes annexes écrites. Le travail des aplats de couleurs, d'une simplicité indécente, résulte pourtant d'une envie de coller à cette époque idéaliste des comics des années 50, où le Bien et le Mal s'affrontaient, sans autres nuances. 

Et c'est bien là que l'on touche du doigt le génie de Moore dans Watchmen : dans son univers sombre, son histoire rythmée et ses personnages torturés.

Ici, c'est une Amérique emplie de désillusions et d'incertitudes qui sert de scène à nos super-héros devenus dépassés par un monde les craignant plus qu'il ne les admire. En pleine crise sociale, celui-ci est secoué par des affrontements meurtriers, sur lesquels la menace nucléaire plane toujours, et où nos chers super-héros sont avant tout des instruments de guerre politiques, dont le but est bel et bien de montrer la toute puissance étasunienne.

Figures d'un temps passé, remisés au placard tels des outils dont on chercherait à cacher honteusement l'usage, matraqués par des lois les obligeant au silence, c'est notamment via le personnage de Rorschach que l'on comprend vite toute la déliquescence du modèle héroïque. Pire que ça : Moore nous secoue sans vergogne en montrant à quel point ils sont tout aussi monstrueux que le Mal qu'ils affrontent au quotidien. C'est dans cette effroyable nuance que l'on comprend à quel point l'auteur désire déconstruire le modèle stéréotypé du super-héros, avec une galerie de personnages troublés, égocentriques, manipulateurs...

C'est pourtant en attaquant frontalement le sujet, en décortiquant à la loupe les tares de nos modèles de vertus, que l'on comprend quelle pourriture habite les arpents de notre société bouffie d'orgueil. Au-delà d'être sombres, certains personnages, comme le Dr Manhattan, illustrent cet abandon volontaire, ce recul vis-à-vis des tracas incessants de humanité, pour s'élever à contempler l'infinie noirceur de l'univers qui nous abrite.

Opposé au pessimisme poisseux de Rorschach, Manhattan illustre son aspect divin par bien plus que sa couleur bleue brillante : il cherche tout bonnement à s'élever au-dessus de tout cela, à comprendre les rouages de l'univers, tel l'horloger qu'il aurait voulu être. Symbole de la science pure ET de la divinité absolue mettant le chaos dans l'égocentrisme des hommes, il est cette entité crainte et respectée par tous, qui peut apporter la fin comme l'avènement du monde.

Avec Watchmen et son horloge de l'apocalypse, Alan Moore bouleverse à jamais les fondements mêmes des comics et des super-héros. Il est la référence ultime à lire une fois dans sa vie, une œuvre perverse empreinte d'une noirceur addictive , et surtout un miroir sur les défaillances de notre humanité.

Bien au-delà de l'intérêt culturel à découvrir ce joyau, il peut sans problème être une porte d'entrée à quiconque désirant se lancer dans l'univers des comics, tant Moore a su rendre ses enjeux clairs et compréhensibles à tout un chacun. En effet, la trame narrative n'est jamais complexe à suivre, et aucune référence cryptique ne vient alourdir l'ensemble, si ce n'est celle de se calquer sur le style des anciens comics.

Comme le souligne si bien la locution latine en fin de page, "Qui nous protégera de nos Gardiens ?", on est en droit de se demander si les héros ne feraient pas mieux de rester des chimères d'un autre temps. 

 

Le comics a d'ailleurs récemment été réedité par Urban Comics dans une version de poche, avec un prix plus accessible , trouvable juste ici ! Découvrez cette collection Nomad !

 

Watchmen, l'œuvre phare de Alan Moore est-elle toujours pertinente ?